Contrairement à son nom de bière, le virus corona n’est pas festif. Il se répand inlassablement – 90 151 malades, dans 73 pays. Et il tue des gens – 3083 décès, lundi. Mais plus que ça, il réduit la vie. Avec son flot de mises en garde, d’informations alarmantes et surtout d’annulations, le phénomène est triste, chagrin, il nous atteint et nous éteint.

Bien sûr, je ne vais pas pleurer le Salon de l’auto. J’ai assez dit ici mon aversion des 4x4 pour ne pas regretter la grand-messe de la bagnole – même si je conçois que les retombées économiques de son annulation soient dramatiques pour certains. Par affinité, je pleurerais plutôt les matchs, de foot et de hockey, et, bien sûr, les festivals et les sorties culturelles. Mais plus qu’un événement en particulier, c’est l’ambiance générale de couvre-feu qui accable. Un sentiment de fin du monde où, dans peu de temps, chacun pourrait être appelé à rester dans son foyer et à manger des conserves en regardant des flashs info stressants…

Des bises sans arrière-pensée

J’exagère, bien sûr. Les gens sortent encore, se collent des bises sans arrière-pensée et partagent même leur goûter. Lundi soir, le fitness où je vais danser était plein à craquer et l’ambiance totalement détendue. D’ailleurs, aux personnes angoissées par cette sensation morbide d’un monde qui rétrécit, je conseille vivement le mouvement. Rien de tel que de danser sur une musique groovy – ou un tango passionné – pour chasser ce sentiment flippant d’enfermement…

Vieille garde et nouveau monde

On peut aussi tenter l’humour, mais c’est plus risqué. Comme les principales victimes du virus sont des hommes de 60 à 70 ans, une pote a lancé dans les vestiaires: «Au fond, ce virus, c’est une attaque déguisée des jeunes militantes contre les baby-boomers, une sorte d’OK Boomer radical!» La provocation a fait sourire, ce qui était son but, car elle résonnait avec l’actualité. On a toutes pensé à la soirée des Césars de samedi dernier, où la vieille garde et le nouveau monde se sont de nouveau affrontés. Adèle Haenel versus Roman Polanski, le duel divise les meilleures familles.

Bien sûr, le virus est une calamité et non la main armée d’un quelconque combat… C’était ballot de lâcher ça. Mais parfois, rire de ce qui nous oppresse permet de respirer, de reprendre la main sur une forme d’impuissance, liée à la fatalité. Dans les moments les plus sombres de l’histoire, l’humour a toujours aidé. Restons alertes et insolents! Ne nous laissons pas éte(i)ndre sans résister!


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Une femme qui rit est une femme qu’on embauche