(in)culture

Etre ou ne pas être lu

«En France, il y a plus d’écrivains que de lecteurs», dit Fabrice Luchini dans «Le mystère Henri Pick». Les gens écrivent? Tant mieux!

Dans Le mystère Henri Pick, comédie un brin policière adaptée d’un bouquin de David Foenkinos, le personnage de critique littéraire que campe avec jubilation Fabrice Luchini assène quelque chose comme: «En France, il y a plus d’écrivains que de lecteurs.» Tapant cette citation – pour tenter de la vérifier – dans un moteur de recherche qui tire son nom d’un terme utilisé en mathématiques, mais qui m’évoque plutôt un grand auteur russe, je suis tombé sur une série d’articles révélateurs. «France: tout le monde écrit, mais qui lit?» questionnait en 2013 un blog du site Mediapart, tandis que Télérama se demandait deux ans plus tard si le lecteur n’était pas une espèce menacée.

Sur «Le mystère Henri Pick»: Le pizzaïolo avait des lettres

Si on parle souvent des peintres du dimanche, on n’évoque que rarement les écrivains dominicaux. Et il y en aurait donc beaucoup, énormément, des anonymes qui écrivent. Preuve en est l’explosion des plateformes d’édition à compte d’auteur, qui permettent à qui le souhaite d’être publié. Car forcément, nombreux, extrêmement nombreux, sont les manuscrits rejetés par les grandes maisons d’édition. C’est d’ailleurs ce qui a inspiré à Foenkinos la «bibliothèque des livres refusés», qui sert de déclencheur à son Mystère Henry Pick.

14% d’auteurs amateurs

Cette semaine, un quotidien vaudois qui nous rappelle tous les jours qu’une journée compte deux fois douze heures m’apprenait qu’à Montricher, la Fondation Jan Michalski a reçu 1600 demandes d’occupation de ses cabanes d’écrivains, pour quarante places. Et en 2016, l’Office fédéral de la statistique publiait une analyse des pratiques culturelles relevant que plus de 14% de la population avait en 2014 pris la plume ou le clavier pour écrire un roman, des nouvelles, des poèmes ou un journal intime. Dans le même temps, 83% des Helvètes avouaient lire régulièrement. Mais comme en France, les lecteurs lisent globalement moins, avec en outre une concentration de l’attention autour des gros vendeurs que sont Joël Dicker ici ou Guillaume Musso là-bas.

Analyse: Combien vaut un journaliste?

Je dois encore avoir chez moi une petite brochure reçue lorsque, au début des années 2000, j’avais suivi les cours du Centre romand de formation des journalistes. Elle s’appelait Ecrire pour être lu. Car forcément, le but d’un journaliste ou chroniqueur est d’être lu – si vous êtes arrivé jusqu’à cet ultime paragraphe, je vous en sais d’ailleurs gré. Ce qui n’est pas toujours le cas lors d’une pratique littéraire en amateur. Ecrire peut être cathartique, un moyen de se libérer, comme on peut jouer au tennis sans se rêver en Federer ou courir sans être Bikila. Tant qu’il y aura des écrivains en puissance et des livres refusés, le lecteur ne sera jamais une espèce menacée, j’en suis persuadé.


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