Les confinés qui espéraient trouver quelque réconfort dans le jardinage avec la réouverture partielle des garden-centers en sont pour leurs frais. Ils ont vu ces grandes buveuses que sont les tulipes, à peine écloses et déjà fanées au bout de quelques jours seulement, ces pelouses jaunes comme à l’automne et ces terres craquelées du potager qu’il faut retourner péniblement, comme si c’était du granit: tout est sec, sec, sec!

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C’est que depuis le 13 mars, la Suisse n’a quasiment pas connu de précipitations et il y a eu très peu de neige en montagne, avec des températures très hautes pour la saison et une forte amplitude thermique entre le jour et la nuit. Certains lieux ont vu moins de 5 mm de pluie en un mois, a annoncé SRF Météo dans un communiqué dimanche. Avec cette situation de sécheresse, le risque d’incendie de forêt est marqué, prévient l’Agence télégraphique suisse (ATS). Et ce n’est pas seulement la Suisse qui est concernée:

De nombreuses localités suisses n’ont pas eu de pluie ou presque pas depuis la deuxième semaine de mars. En plus de ce manque de précipitations, on le constate: le soleil brille presque tous les jours dans un ciel presque sans nuages et élimine l’humidité du sol. Les températures journalières supérieures à la moyenne continuent d’assécher le sol et, dans le nord, une forte brise y contribue. Seules les nuits claires avec de la rosée et du gel apportent un peu de soulagement par endroits. Les rares averses qui se sont produites ce lundi n’ont pas suffi à améliorer la situation. Et le temps s’annonce à nouveau pratiquement sec jusqu’au week-end, voire plus longtemps.

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Le danger d’incendies de forêts, déjà présent dans plusieurs régions, va donc encore augmenter dans les jours à venir. Avec ces «températures d’été au mois d’avril», rapporte encore l’ATS, vendredi dernier, «une grande zone de forêt a brûlé près de Balsthal (SO). La police suppose que des cigarettes jetées dans la nature en seraient la cause.» Et «à Nenzlingen (BL), environ 600 mètres carrés de forêt ont pris feu» le lendemain. Au Tessin, dans plusieurs régions des Grisons et dans le canton de Glaris, le risque augmente, selon la carte des dangers naturels de la Confédération:

Ce mardi, 24 Heures et la Tribune de Genève se sont montrés assez alarmistes, en titrant que «la sécheresse pourrait battre des records»: «Au total, six stations du réseau de MétéoSuisse n’ont pu mesurer la moindre trace d’eau tombée du ciel» depuis le 13 mars. Il s’agit de Genève, de Pully, de Lausanne et d’Aigle dans le canton de Vaud, de Couvet (NE) et d’Ulrichen (VS). «Dans le reste de la Suisse, les relevés sont aussi très faibles. A Neuchâtel et à Sion par exemple, il est tombé 0,6 millimètre sur cette même période, autant dire une goutte d’eau. La station qui a fait le plus «gros score» est celle de Monte Generoso (TI) avec 49,7 millimètres.»

Les prévisions? Le grand «flou artistique»

Alors, la faute à qui? Aux hautes pressions qui persistent au centre de l’Europe. «La période anticyclonique semble arriver à son terme», explique MétéoSuisse. Vague espoir, «il pourrait y avoir des précipitations dans la nuit de vendredi à samedi», mais cela relève encore du «flou artistique», les prévisions étant rendues plus aléatoires par la quasi-inexistence, en ces temps de pandémie, du trafic des avions qui mesurent d’habitude «la température de l’air et la vitesse du vent»:

Quoi qu’il en soit, s’il ne pleut pas d’ici quelques jours, cela équivaudrait déjà «au record de la période sèche la plus longue enregistrée au printemps à Genève. C’était en… 1893.» Et dans toute la Suisse? Il y a encore de la marge: «Au cours de l’hiver 1988-1989, au sud des Alpes, il n’y avait pas eu de précipitations durant septante-sept jours», rappelle le blog de l’Office fédéral de météorologie et de climatologie. Et les nappes phréatiques? «De ce côté-là, grâce à des précipitations conséquentes cet hiver, le niveau des eaux souterraines reste usuel, même s’il a baissé en mars»…

… La sécheresse que nous connaissons actuellement est une sécheresse de surface qui a quand même un impact sur la végétation

La RTS confirme: «L’autre aspect qu’il faut prendre en compte est bien sûr que plus la saison est chaude, plus le phénomène d’évaporation fait perdre de l’hydrométrie. Ce temps ensoleillé et sec fait bien évidemment perdre beaucoup d’eau en surface, d’où ce risque d’incendie qui commence à s’étaler sur quasiment tout le pays», explique-t-elle. Mais «il est encore trop tôt pour avoir une vision précise de la situation. […] On ne peut pas prévoir ce qu’il va se passer au mois de mai ou en juin. […] Cela va vraiment se jouer sur ces mois-là»:

Résultat: les feux en plein air sont maintenant interdits dans les Grisons et au Tessin; à Glaris et dans le canton de Saint-Gall, ils le sont également dans les forêts ou à proximité. Le danger est marqué dans le Valais central, le canton de Berne, une grande partie du nord-ouest de la Suisse et dans le sud du canton de Saint-Gall. Et en Europe en général, ces craintes font monter le prix du blé, dit le site Terre-net.fr.

Mais ce n’est là rien de particulièrement neuf: le groupe d’experts international sur l’évolution du climat (GIEC) avait déjà pointé les risques de famines et de sécheresses dans un rapport paru en août 2019, largement commenté par la presse. Et la forêt vaudoise, par exemple, a fortement souffert l’été dernier, dans un mélange de canicules et d’intempéries qui a affaibli les arbres et provoqué un foisonnement de parasites, dont le bostryche.

Comme en 2018?

De plus en plus de signes indiquent donc que l’été pourrait connaître une grande sécheresse comme celle de 2018, a écrit il y a trois jours la NZZ am Sonntag. Massimiliano Zappa, responsable des prévisions hydrologiques à l’Institut fédéral suisse de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL, suit intensément l’évolution de la situation depuis quelques semaines et multiplie les mises en garde contre les événements extrêmes, qui se sont accrus depuis le début du XXIe siècle. Le niveau d’eau de certaines rivières est déjà, actuellement, plus bas que d’habitude.

Les arbres s’adaptent…

Selon une étude de WSL qu’a lue Le Nouvelliste, les hêtres, autre exemple, «ne sont pas forcément adaptés aux étés de plus en plus chauds et secs», et leurs fruits, les faînes, tombent. Ils «stoppent ce développement avant d’avoir investi trop de ressources. […]. Dans une conjoncture climatique difficile, les fruits sont pour ainsi dire un luxe pour les arbres, qui doivent orienter leurs ressources principalement vers les structures vitales telles que les feuilles, le bois et les racines.»

Et ailleurs? On a évité le pire. «Les efforts des pompiers et la pluie ont permis de réduire le feu de forêt ravageant… la zone d’exclusion de Tchernobyl, ont assuré mardi les autorités ukrainiennes, alors que le président Zelensky a exprimé sa préoccupation, raconte La Libre Belgique. Entretenu par le vent et une sécheresse inhabituelle, l’incendie s’est déclaré il y a une dizaine de jours dans ce territoire fortement contaminé, théâtre du pire accident nucléaire de l’histoire en 1986.»


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