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Delphine Horvilleur: une remarquable maîtrise du sens et de l’essence de la laïcité à la française.
© Joël Saget/AFP

Du bout du lac

Comment ne plus délirer à l’ombre d’une chapelle

OPINION. Que de temps perdu à nous essentialiser avec la première personne du pluriel, selon notre chroniqueur. Donc, osons le «je» sans filet

Lumineux rappel à la raison, mercredi, dans les colonnes de ce journal. A l’heure où l’époque réactualise le meilleur slogan de Mai 68 en délirant copieusement à l’ombre de toutes ses chapelles, le rabbin Delphine Horvilleur a su extraire et restituer en deux phrases le sens et l’essence de la laïcité à la française, en tant que condition de la paix des ménages: «La République a historiquement permis aux croyants de dire je au lieu de nous. Elle s’est imposée face à l’Eglise catholique en autorisant un seul nous: celui de la nation.»

Esprits chagrins, ne laissez pas le mot «nation» vous braquer: il peut parfaitement être remplacé par contrat social ou projet commun, ça marche aussi. Ça marche même encore mieux, en universalisant le propos. S’autoriser le «je» qui libère plutôt que le «nous» qui enferme. Vaste programme, mais grande idée pour l’humanité taraudée.

Pas de chagrin ni d’égoïsme

Ne laissez pas non plus ce «je» vous chagriner. Pas d’appel à l’égoïsme stérile ici, ni de chacun pour soi mortifère, bien au contraire: juste le souhait d’un usage éclairé de pronoms pas anodins du tout. Ce «je» qui libère est celui qui autorise à être un homme parmi les hommes. Et si vraiment le «je» vous insupporte, gardez le «nous». Mais optez pour un «nous» d’addition, un «nous» d’adhésion, pas pour le «nous» de soustraction. Fuyez les petits «nous» de clocher. Embrassez le «nous» dont l’antonyme n’est pas «eux». Choisissez ce «nous» qui, a priori, n’a pas d’antonyme.

Les Bavarois, les imams, les juifs…

La démarche est beaucoup moins abstraite qu’il n’y paraît, croyez-moi. Elle n’a rien d’idéaliste non plus. Elle est parfaitement concrète et d’une simplicité désarmante: il suffit d’emprunter le chemin qui se dessine en creux entre tous les exemples à ne pas suivre. Ici les Bavarois qui se cramponnent à leur crucifix comme on lutte contre des moulins. Là les imams autoproclamés qui galvanisent l’ignorance. Et puis ces juifs qui, pour se rassurer, désignent au lieu de mobiliser.

Nous les Suisses, nous les Genevois, nous les Valaisans, nous les femmes, nous les hommes, nous les véganes, nous les victimes, nous les homosexuels, nous les bleus, nous les rouges, nous les noirs, nous les blancs: que de temps perdu à nous essentialiser, à nous brosser dans le sens du poil, parce qu’il n’y en aurait point comme nous. Osons le «je» sans filet, responsable, libre et de bonne volonté. Le je qui signe le contrat social. Et nous nous en sortirons.


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