Charivari

Avoir ou ne pas avoir le pouce vert

OPINION. Printemps oblige, notre chroniqueuse célèbre le jardinage. Et se lamente de ne pas avoir la main verte… ou plutôt le pouce vert, comme disent les Anglais, les Italiens et les Allemands

Certains l’ont, d’autres pas. J’en suis dépourvue et je n’aime pas ça. Je vis à Genève, au bord de l’Arve, rivière souveraine dans ses humeurs dont j’ai déjà évoqué ici la variété des états. Les voitures fourmillent au bas de chez moi, pourtant c’est le ciel qui frappe les invités. Un panoramique impressionnant, vaste ouverture sans vis-à-vis qui va du Salève au Jura. Mais ce n’est pas tout, je donne plein sud. Pile poil, paraît, vers Marseille et ses attraits. Les jardiniers qui me lisent ont déjà compris où m’amènent mes pas…

Mon balcon est le spot rêvé pour faire pousser tomates, herbes aromatiques et fleurs insensées. Ma voisine en est d’ailleurs la preuve émouvante. Son balcon est un poème. Une symphonie de vert, de rouge, de tomates gorgées et de lianes emmêlées. Au point qu’elle doit freiner l’envahissement en taillant, dépotant, donnant à d’autres les plants qui pullulent sous son toit. Jumelle de palier, j’ai donc les conditions idéales pour transformer le béton de mon balcon en folie végétale.

Ratée du râteau

Sauf que non. Il me manque l’ingrédient clé. La fameuse main verte, ce talent permettant de cultiver fleurs ou fruits et célébrer quotidiennement le miracle de la nature en joie. J’en fais un peu trop, je sais, mais cette vision me bouleverse à chaque fois. Mes grands-parents des deux côtés étaient maraîchers, mon père excellait dans ce registre, façon bio, s’il vous plaît, et je suis une tache du terreau, une ratée du râteau. Quelle déception!

Pourtant, on m’a aidée, beaucoup. Il y a quelques printemps, le propriétaire d’un «jardin extraordinaire» m’a donné un pot tout prêt, avec, dedans, de la terre féconde, des plants de tomates et des tuteurs. Surtout, il m’a dit exactement quand et comment arroser. J’ai appliqué ses instructions à la lettre, mais tout a séché, lamentablement. Je n’ai rien pu sauver. A ce niveau, ce n’est plus un échec, c’est un châtiment!

Alors je rêve et m’amuse comme je peux. En anglais, en italien et en allemand, la main verte se dit «pouce vert». C’est tout de suite autre chose, non? Moins protecteur, plus volontaire. Le pouce levé, c’est un truc de gars pour dire, «cool mec, t’es un pro, tu gères». En même temps, en français seulement, pouce, c’est l’homonyme de pousse… Bon présage pour le jardinage! Voilà, voilà. A défaut de pouvoir cultiver mon jardin, je me balade dans la forêt des mots. C’est un peu mon paradis. Mais ça ne remplacera jamais le thym fleurant bon la Provence, les tomates riant sous le soleil et les radis réjouis.


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