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A Manhattan, peu après le résultat final.
© CARLO ALLEGRI

Revue de presse

«Tout cela ne promet rien de bon pour l’Europe», disent les médias

Alors que Donald Trump deviendra le 45e président des Etats-Unis en janvier prochain, la presse du reste de la planète est incrédule. Sur le Net, la plupart des quotidiens sont inquiets

Les marchés états-uniens sont en train de dévisser, signe que le presque impensable s’est effectivement produit au terme de la journée d’élection présidentielle outre-Atlantique. Vu d’Europe, «Trump a pu compter sur les Etats-clés», titre la Neue Zürcher Zeitung. A Paris, Le Monde précise cependant que «le camp Clinton ne reconnaîtra pas la défaite tant que tous les votes n’auront pas été comptabilisés. La démocrate ne s’exprimera pas dans la nuit de mardi à mercredi, a annoncé John Podesta, son président du comité de campagne, affirmant que le résultat de l’élection restait incertain.»

Sur le Main, la Frankfurter Allgemeine Zeitung, après avoir titré sur une «sensation aux Etats-Unis», dit maintenant que Trump a gagné, puisqu’il n’est plus «rattrapable». Tandis qu’à Londres, le Financial Times semble interdit: il s’est d’abord demandé si Trump était «en train» de gagner, puis si Clinton «pouvait» encore gagner, il évoque peu avant 9h suisses, une «victoire historique».

En Allemagne encore, le Spiegel, cité par Courrier international, martèle encore une fois que «Trump n’a jamais été un candidat normal, […] il n’aurait jamais dû arriver au pied de la Maison-Blanche». En attendant, il a montré «quelle fulgurance le populisme peut déployer», combien il pouvait devenir «fréquentable». Il «a mis au jour les faiblesses des sociétés occidentales, en brisant toutes les règles du consensus démocratique. Pour l’avenir de l’Europe, où des courants similaires programment leur ascension depuis longtemps comme en Hongrie, en France et même en Allemagne, cela ne promet rien de bon.»

Deuxièmement, le phénomène a montré la manière dont le populisme «influe sur le cours d’un pays, indépendamment de son succès électoral. Pour preuve, «Trump a tellement assimilé accueil des migrants et terrorisme que toute politique d’ouverture devrait désormais être perçue comme une trahison de la patrie par beaucoup d’Américains»: son «vrai succès est d’avoir changé le discours sur des questions centrales. Cela se ressentira en Europe. Ses supporters, on peut le prévoir, feront la même chose.»

Au Japon, c’est pour l’heure un effet collatéral que retiennent Yomiuri, Nikkei, Asahi et Sankei: la chute «vertigineuse» de l’indice Nikkei, de 1000 points par rapport à la clôture de mercredi 13h. Le deuxième de ces quatre quotidiens, de manière plus générale, s’inquiète, tout comme le Japan Times, des effets que va avoir cette élection sur l’économie asiatique. Par ailleurs, Nikkei insiste sur le probable «renforcement du yen comme valeur refuge par rapport au dollar». Et l’agence AP, à Tokyo, relève que «le gouvernement japonais réaffirme l’importance de l’alliance avec les Etats-Unis».

Au Royaume-Uni toujours, le Guardian constate que «les prévisions des sondages étaient fausses, malgré le fait que la démocrate Hillary Clinton devrait l’emporter en nombre de voix». Certes, elle «a perdu en Floride, le plus influent des swing states». Là, «bien plus que dans n’importe quel autre Etat, les candidats semblaient être dans un mouchoir de poche.» Grâce à la Floride, la voie a été «considérablement moins difficile pour Trump».

A Londres encore, The Daily Telegraph rappelle que lors du référendum britannique du 23 juin pour la sortie de l’Union européenne, les sondages «s’étaient trompés de manière spectaculaire». Ce qui s’est «de nouveau produit aux Etats-Unis». Le phénomène pourrait s’expliquer par «une sous-estimation du vote conservateur» – un phénomène observé ailleurs dans le monde: «Les électeurs qui refusent de dévoiler leur orientation politique [à un institut de sondage] sont souvent ceux qui votent pour un parti conservateur.»

En Espagne, El Mundo, écrit que «contrairement aux attentes, les femmes et les électeurs hispaniques ne se sont pas mobilisés en masse pour Hillary Clinton. En Floride, les analystes estiment que beaucoup de Latinos ont préféré Donald Trump, car ils se sentent en concurrence avec les sans-papiers sur le marché du travail.» Il souligne également que «l’antipathie envers la candidate démocrate a dépassé l’enthousiasme qu’aurait pu provoquer le fait historique d’élire pour la première fois une femme à la Maison-Blanche».

La raison de cette «surprise», tous les médias du monde la donnent, comme le Toronto Star en Amérique du Nord: «Le candidat républicain a remporté les Etats-clés de l’Ohio, de la Floride et de la Caroline du Nord. Du coup, le chemin de Hillary Clinton est devenu très étroit». Dans l’autre pays voisin, au Mexique, La Jornada juge que les résultats du républicain «se situent au-delà de toute attente».

En Amérique latine, le quotidien argentin La Nacion titre aussi sur la «surprise» venue des Etats-Unis. Dans le camp Clinton, «nervosité et tension» animent les supporters qui ont passé «de l’espoir au malaise». Elle signale également les nombreux partisans démocrates ont quitté le QG du Javits Center à Manhattan et laissé «échapper leurs larmes». Au Brésil, le quotidien O Globo fait écho aux supporters de Trump qui célèbrent la victoire du candidat républicain à grand renfort de slogans: «USA!, Mettez Hillary en prison», «Trump, construis le mur!»

«Le soutien à Trump grandit là où l’on veut voir renaître le rêve américain», titre pour sa part la Folha de São Paulo. Selon elle, il y a une manière d’identifier «les lieux où le candidat républicain a été plébiscité: «la morgue», écrit-elle non sans ironie. La sympathie pour Trump a grandi «dans les régions où les Américains moyens blancs peu éduqués meurent le plus précocement et sont le plus malades».

Toujours en Europe,le site Eurotopics vient de réaliser sa propre revue de presse. Il cite notamment The Independent, pour lequel «les faits n'ont plus aucune importance»: «La vérité a été à tel point dévaluée que ce qui tenait jadis lieu d’étalon or du débat politique est devenu une devise qui a perdu toute valeur. Mais comment en sommes-nous arrivés à cet état d'altération de la conscience des masses, comme George Orwell l’avait prévu dans son roman 1984?»

A Bucarest, pour Romania libera, «la xénophobie n'est plus taboue»: «On a vu ces derniers temps que le monde occidental en avait assez d'être ouvert et bien disposé envers les nécessiteux et les étrangers. La popularité croissante de l'extrême droite en Europe le montre. (...) L'élection de Donald Trump marque l'apogée de cette profonde intolérance. (...) Voilà pourquoi nous allons droit au désastre.»

«Un nouveau cyle débute»

The Irish Independent, quant à lui, écrit que «l'affaiblissement de la classe ouvrière américaine et de la frange inférieure de la classe moyenne a été une conséquence intentionnelle de la politique. C’était son véritable objectif – et aujourd’hui, l’Amérique en paie le prix. C'est ce qui s’est produit aux Etats-Unis, et ce qui explique ce résultat.» Selon le Jornal de negocios portugais, «un nouveau cycle politique débute dans un pays profondément divisé, et on peut légitimement s'interroger sur le rôle qu'a pu joué la présidence Obama dans ce bouleversement. (...) A-t-il sous-estimé les préoccupations de l'Amérique blanche conservatrice, des Américains blancs non-diplômés – au profit de minorités?»
 
C'est la raison pour laquelle Pravo, en République tchèque,soutient qu'«un pays divisé peut difficilement être grand». Alors, «au lendemain de ces élections, la seule superpuissance mondiale devra encore plus s'occuper de ses problèmes intérieurs. Pour les Etats-Unis, le reste de la planète deviendra un endroit où ils maintiendront à contrecœur d'anciennes alliances, ou encore un endroit où ils prouveront leur puissance pour détourner l’attention des problèmes internes. Les deux perspectives ne sont pas vraiment réjouissantes.»

«Quatre années de perdues»

«Quatre années de perdues pour les Etats-Unis» titre De Tijd, en Belgique, car il sera «difficile de voir en Trump un réconciliateur qui saura tirer la politique américaine de son marasme actuel. (...) Les Etats-Unis sont en fin de cycle, et les politiques doivent avoir le courage d'amorcer le renouveau. Le bipartisme est exsangue. Le Parti républicain devient le réceptacle de tous les courants possibles d'extrême droite, très éloignés du conservatisme traditionnel. Le Parti démocrate est dominé par quelques grandes dynasties, qui empêchent toute perspective de renouvellement.»

A Varsovie, la Gazeta Wyborcza craint «une guerre commerciale au niveau mondial et une perte de sécurité pour l’Europe», mais «le candidat des républicains a si souvent déclaré une chose et son contraire et si souvent tourné casaque qu’on ne sait vraiment pas ce qu’il faut attendre au juste de son mandat. (...) Si l’on se base sur ses déclarations les plus tonitruantes, sa présidence devrait surtout avoir les conséquences suivantes: les principes du libre commerce international seront révisés en faveur du protectionnisme économique.»

«Le président ne peut gouverner en maître absolu»

Pire: Die Welt, en Allemagne, craint de son côté une «nouvelle ère glaciaire»: «La Russie tire partie de la paralysie provoquée par les élections et la passation de pouvoir aux Etats-Unis pour mieux placer le monde devant un certain nombre de faits accomplis en Ukraine orientale et en Syrie. (...) Les Européens retiennent leur souffle et ils auraient dû comprendre bien plus tôt que l’époque de la stratégie américaine qui privilégie la relation avec l’Europe est révolue.»

Les Salzburger Nachrichten «relativisent», en rappelant que «l’homme politique qui est probablement le plus puissant au monde doit partager son pouvoir avec un des parlements les plus puissants au monde. Les pouvoirs politiques se tiennent mutuellement en échec sous l’effet du système des pouvoirs et contre-pouvoirs (checks and balances). Le président des Etats-Unis ne peut pas gouverner en maître absolu.»

En Egypte, Al-Ahram juge que «Donald Trump a étourdi le monde mardi en imposant une lourde défaite à Hillary Clinton» et a «mis fin à huit années de respect des règles démocratiques en plaçant les Etats-Unis sur un chemin très incertain. Il est le résultat d'«une vague de colère envers les élites de Washington». Il voulait «vaincre Clinton, cette représentante de l’establishment plaqué or qui incluait les relais de l’ex-première dame, sénatrice et secrétaire d’Etat».

A Moscou, la presse russe a tardé à réaliser la victoire de son favori. «De deux maux, les Américains choisissent Clinton», titrait encore tôt ce mercredi matin avec tristesse le site du quotidien populaire et populiste Komsomlskaïa Pravda, visiblement pas mis à jour. Ce journal suivait fidèlement la ligne du Kremlin, très pessimiste, en prétendant que le président américain était «nommé par la secte politique des irremplaçables», c’est-à-dire cette «élite américaine qui soutient l’instauration agressive de la démocratie tout autour du monde» et qui avait tout fait «pour que Clinton gagne». Son éditorial clamait que Clinton allait «nous encercler avec des missiles, tandis que Trump reconnaîtrait l’annexion de la Crimée».

Nezavissimaïa Gazeta (qui n’a d’indépendant que le nom) explique pour sa part avec morosité que même avec cette victoire de Trump, «un réchauffement durable des relations entre les Etats-Unis et la Russie est très peu probable». Seul le quotidien d’affaires très libéral Vedomosti a senti le vent venir en étant très alarmiste au lever du jour.

Si, pour l’agence iranienne Isna, «l’issue de la présidentielle américaine ne devrait rien changer» et que «la future administration devra exécuter les engagements pris par les Etats-Unis dans le cadre de l’accord sur le nucléaire», en Israël, Haaretz évoque une «compétition dramatique» et l’un de ses journalistes parle de «début de cauchemar» en tweetant:

Côté chinois, sans en attendre le résultat définitif, Le Quotidien du peuple avait déjà tiré les leçons du scrutin: la démocratie américaine est «malade», selon un commentaire publié par le porte-voix de Pékin. «Peu importe qui gagne, l’histoire retiendra que cette élection fut la plus sombre, chaotique et négative de ces deux derniers siècles, écrit le rédacteur. Elle ne sera certainement pas vue comme une victoire de la démocratie.» Un commentaire qui, indirectement, conforte Pékin dans son régime autoritaire.

A Hongkong, le South China Morning Post écrit qu'«en apparence, le gouvernement chinois a regardé l’élection américaine avec détachement». Cependant, Pékin a «discrètement envoyé une délégation» suivre la campagne, car les conséquences pour la Chine sont «trop réelles et tangibles pour être ignorées», décrypte le quotidien contrôlé par le fondateur du géant du Web chinois, Alibaba.

La vie de la Chine «plus facile»?

Donald Trump n’a cessé d’accuser la Chine de «voler» des emplois aux Américains et de «manipuler» le taux de change de sa monnaie, prétend ce média, alors que ces accusations sont «fortement démenties par Pékin». N’oublions pas que le républicain a promis d’engager «une guerre commerciale avec la Chine». Mais tout n’est pas noir, puisque, comme Hillary Clinton, il s’oppose à l’accord de libre-échange transpacifique (TPP). La Chine en est exclue, il est donc «dans l’intérêt de Pékin» de le voir stoppé.

Le Global Times, un autre quotidien contrôlé par Pékin, voit aussi un avantage dans la victoire de Donald Trump. Son commentaire publié ce mercredi matin avance qu’elle rendra la vie de la Chine «plus facile». En particulier parce qu’avec la stratégie en Asie promise par Clinton, «les tensions politiques et militaires entre la Chine et les Etats-Unis [auraient été] plus fréquentes». Donald Trump, de son côté, a «toujours insisté sur l’abandon des clivages idéologiques et sur la réduction des risques qui créent inutilement des conflits avec les autres pays».

En Australie, le Sydney Morning Herald (SMH) se demande «comment les grandes pontes de la politique ont pu encore une fois se tromper» et mettre ainsi «l’Amérique en ébullition». Le quotidien pointe l’incapacité de «l’éblouissante technologie», du Big Data et des «sondages sophistiqués» à prévoir les résultats des urnes. Pourtant, «ce n’est pas la première fois cette année que les nouveaux médias passent à côté de la réalité». Selon lui, «le raté de mardi signifie davantage qu’un échec dans l’isoloir». Il traduit l’incapacité à prendre en compte la colère d’une large portion de l’électorat américain qui se sent abandonnée et trahie. Le SMH qualifie par ailleurs cette victoire de «désastreuse pour l’économie australienne». Selon lui, le président républicain «va déclarer une guerre économique à ses plus gros clients étrangers» et plonger le pays dans une «extraordinaire instabilité financière».

Avec Jonas Pulver à Tokyo, Emmanuel Grynszpan à Moscou et Frédéric Lelièvre à Hongkong

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