Charivari

Ne rien faire, sur la belle île écossaise d'Islay

OPINION. Notre chroniqueuse se royaume en Ecosse et dit son plaisir immense à décompresser loin de l’agitation des villes survoltées

Je suis en vacances. Sur Islay, l’île écossaise du whisky. Autant dire que je me régale en sirotant mon Laphroaig ou mon Octomore, le soir, dans l’odeur des feux de tourbe qui réchauffent les maisons basses et blanches offertes aux vents. Mais ce n’est pas le but de ma venue ici, avec mon chéri. En partant en novembre, on savoure l’île dans sa nudité la plus radicale. Sereine sans son flot de touristes – elle accueille 10 000 visiteurs durant la Fête du whisky! –, éclairée par un soleil pâle dans un ciel immense et, chaque matin, visitée par les oies en brigades ou, hier, par quatre cerfs si fiers sous leurs bois dressés.

On se balade, seuls au monde, sur les plages de Machir et de Saligo, on descend les dunes d’herbe drue d’Ardnave pour rejoindre les roches roses et le sable sur lesquels viennent mourir en minces filets les flots à marée basse. On vit à Port Charlotte chez nos amis Tim et Margaret et l’on se restaure à Bowmore.

Le bal des phoques

A Portnahaven, on sourit devant l’église coupée en deux, avec deux portes distinctes et deux travées séparées, de sorte à ce que, au XIXe siècle, les villageois du cru n’aient pas à se mêler aux habitants de Port Wemyss, le village d’à côté. En longeant les maisons alignées de ce hameau, on atteint des falaises où l’on assiste au bal des phoques qui glapissent comme des chiens en chaleur, se dandinent tels des dondons, avant de glisser et nager, soudains divins, dans l’eau glacée.

L’île d’Islay est douce, quand l’île de Skye est spectaculaire, l’île de Mull accidentée, ou les îles de Harris et Lewis sont mélancoliques avec leurs plages aux eaux transparentes, larmes de terre-mer.

En Ecosse, on apprend à ne rien faire. Le paysage s’offre à nous dans une telle ampleur et avec une telle autorité que le contempler nous occupe tout entiers. Parfois, la journée est calme, et le ciel nous domine comme un toit dense, aux cinquante nuances de gris. Le plus souvent, la météo se déchaîne et, en une journée, les quatre saisons défilent sous nos yeux ébahis. Crachin, vents furieux, soleil blanc, brouillard épais, trouées de ciel bleu.

Le ballet, prodigieux, est suivi d’un silence royal. Ici, on est loin des turbulences du Brexit, comme on est loin des trams, des travaux, des voitures par paquets, des trains bondés et en retard, des foules anxieuses et pressées. On respire presque hébétés devant tant de beauté et de sérénité. On savoure, oui, et l’on revient chaque année.


Chronique précédente:

Heure d’hiver, sexe en douceur

Publicité