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Je ne suis pas (totalement) un bobo

Mode et courants musicaux ont toujours fait bon ménage. Montre-moi comment tu t’habilles et je te dirai ce que tu écoutes

Des jeunes courent dans les rues de Londres, leur look bariolé – tout en platform shoes et couleurs criardes – tranchant radicalement avec la grisaille ambiante. Le générique de Velvet Goldmine, grand film rock de Todd Haynes, montre parfaitement comment d’un courant musical découle de nouveaux codes vestimentaires. Comment, après une décennie dominée par la culture mod, et avant le raz de marée punk, la culture glam a rapproché au début des années 1970 filles et garçons, dans un même élan libertaire où la notion de genre importait peu.

Velvet Goldmine s’inspire librement de la figure de David Bowie. Au lendemain de la disparition du chanteur, il y a deux ans, je rappelais la date fondatrice du 6 juillet 1972, lorsque, grimé en Ziggy Stardust, il interprétait «Starman» dans une émission de la BBC. Après avoir enlacé son guitariste, il fixait la caméra et, à travers elle, la jeunesse anglaise. Et chantait: «Il fallait que j’appelle quelqu’un, alors je t’ai choisi toi.» Un appel à la différence.

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Dès l’avènement du rock’n’roll, les musiciens ont influencé la mode. Après le glam et le punk, la new wave vit apparaître la génération corbeaux. Avant que la culture hip-hop n’impose jeans larges et hoodies. Montre-moi comment tu t’habilles et je te dirai ce que tu écoutes: j’ai longtemps pris cet aphorisme à la lettre. D’abord de manière totalement littérale, en ne portant quasiment que des t-shirts de groupes. Le premier? Ce devait être, vers la fin des années 1980, un t-shirt de The Clash. Je m’imaginais rebelle… Amusant.

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Au début des années 1990, j’ai investi dans quelques chemises à carreaux bon marché, que je portais ouvertes par-dessus mes t-shirts: j’écoutais du grunge. Puis j’ai troqué les chemises contre des jaquettes de sport cintrées: période britpop. Et aujourd’hui? A en croire le Dictionnaire du look, merveilleux et drolatique ouvrage de Géraldine de Margerie et Olivier Marty, je dois être un mélange de bobo et de no look.

Du premier, il est dit que son métier «est souvent lié à la culture ou à la création» et qu’il aime bien les disques d’Alela Diane – et c’est vrai, le tout dernier est formidable. Du second, il est écrit qu’il «est un être stylistiquement non impliqué». Ça me va. Par contre, un no look est censé lire Paulo Coelho et Dan Brown, écouter U2 et Zazie, aimer Les Bronzés et Bienvenue chez les Ch’tis. Alors là, non, je ne suis clairement pas un no look! Mais si je ne corresponds pas non plus totalement à la description canonique du bobo, qui suis-je? Peu importe, tant qu’on me laisse écouter Bowie.


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