Interdiction programmée de la publicité et de certaines appellations dans l'Union européenne, amendes colossales infligées aux Etats-Unis, programmes de prévention dissuasive en préparation dans une Suisse pourtant libérale: l'orage ne cesse de se déchaîner sur les producteurs de cigarettes, du moins dans les pays occidentaux. Le quasi- mea culpa du leader mondial face aux critiques de l'Organisation mondiale de la santé, qui accuse les entreprises de ne reculer devant aucune immoralité pour défendre leurs intérêts, montre à quel point le secteur tangue.

L'histoire de cette industrie retiendra pourtant que son obsession du lobbying est apparue plus tôt qu'on pourrait le croire: selon le rapport publié mercredi par l'OMS, les firmes ont commencé à trembler devant les instances onusiennes – et les gouvernements de l'Ouest – dès la fin des années 70. C'est à un lent déclin que l'on assiste, non à une chute brutale. Dans ce contexte, l'attitude actuelle de l'OMS laisse songeur. Insister pour faire du tabac une question de santé publique est une chose, répliquer aux lobbyistes à cigares avec une acrimonie quasi égale à celle qu'ils ont déployée pour dénigrer l'Organisation en est une autre. Pour le leader de la lutte mondiale antitabac, est-il vraiment fructueux de se dire noyauté et de reprocher à son adversaire des méthodes qui ne lui sont manifestement pas spécifiques? Est-ce là le meilleur terrain de bataille?

Les stratégies marketing des cigarettiers peuvent certes choquer par leur cynisme géopolitique, leurs manipulations de coulisses et leur mépris de leur clientèle. Mais se concentrer sur ces industries-là finira par faire oublier que d'autres – par exemple dans l'agroalimentaire, la chimie ou les pharmaceutiques – ne se comportent sans doute pas très différemment.

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