Du bout du lac

Ne tournons pas autour de l’impôt

OPINION. Avec la vague verte, voilà que surgissent des taxes créatives, bardées d’objectifs à trente ans, exprimées en francs par gramme de ceci ou par tonnes de cela. Avec, en filigrane, l’idée que nous contribuions à la hauteur de ce que nous nuisons

J’adore l’impôt. Et je suis conscient que cette entrée en matière est un peu raide. Parce que l’impôt, ça peut faire mal, surtout une fois par mois. L’impôt en entame de texte peut rebuter les plus enthousiastes des lecteurs; et c’est une erreur. Ne tournons pas autour de l’impôt: votre déclaration fiscale est le nombril de votre moi social. L’impôt est votre lien au groupe, le cordon qui vous lie au projet qui vous porte. A tous les autres, à la matrice. A Pachamama, si vous voulez.

Essayons de considérer l’impôt non pas comme de l’argent, mais comme ce que nous sommes prêts à concéder pour profiter des quelques facilités qui nous éloignent de l’état de nature. Pensons à l’eau courante, chaude éventuellement, à l’école de vos enfants, à l’hôpital universitaire. Et même aux réverbères, quand tombe l’heure d’hiver.

Le règne du «tutti frutti» a commencé

Jusqu’à présent et pour faire simple, il était admis que nous concédions de l’argent, en proportion de notre enrichissement et de notre consommation. Notre capacité contributive, comme disent les gens qui portent une cravate, était surtout fonction de ce que nous gagnions. Mais ça, c’était avant.

Avant la vague verte. Avant qu’en émergent d’autres paradigmes fiscaux, en ordre dispersé. Façon puzzle, ou tutti frutti, surgissent des taxes créatives, bardées d’objectifs à trente ans, exprimées en francs par gramme de ceci ou par tonnes de cela. Avec, en filigrane, l’idée que nous contribuions à la hauteur de ce que nous nuisons.

Sus aux externalités négatives!

La fiscalité verte, puisque c’est bien elle qui se dessine dans ce brouillard, n’en est pourtant pas à ses balbutiements. De bonnes questions se posent depuis longtemps. Doit-on imposer les pollueurs pour financer l’Etat ou pour diminuer la pollution? L’imposition des externalités négatives (le petit nom savant de tout ce qui est mauvais pour tout le monde) doit-elle se substituer aux prélèvements sur le travail? Son produit doit-il plutôt être redistribué aux plus pauvres? Le «double dividende», jackpot de la fiscalité verte (de l’argent qui rentre et de la pollution qui diminue), peut-il survivre… à la fin de la pollution? Bref, il y a largement de quoi nourrir des rêves de grand dessein fiscal, un chouïa holistique.

Si ma mémoire est bonne, la Suisse a récemment su sortir de son chapeau un paquet fiscal complet et cohérent, qui prend ici et qui rend là, pour s’adapter à la lutte contre l’optimisation agressive des multinationales. Le curseur étant désormais au vert, nous disent les urnes, le temps est peut-être venu de renouveler l’ambition. Après RFFA… RFTE, pour Réforme Fiscale et Transition Ecologique? Appelons-le chantier comme il vous plaira. Mais lançons-le et lançons-le bien. S’il le faut, je prends le PV.


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