Chronique

Ne faites pas trois, mais cinq enfants!

Décidément, il y a de l’eau dans le gaz entre l’Europe et la Turquie. Il faut dire que le président Erdogan multiplie les phrases assassines et dévoile un programme nataliste dangereux pour l’Europe. Notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton s’en inquiète

«J’en appelle à mes frères et sœurs en Europe. Ne faites pas trois, mais cinq enfants, car vous êtes l’avenir de l’Europe.» Voilà ce que Recep Tayyip Erdogan, a recommandé le 17 mars à ses concitoyens dans un discours de campagne pour la réforme constitutionnelle qui sera votée le mois prochain. Cette injonction vient après une autre concernant, cette fois-ci, les femmes en Turquie: «Nous allons accroître notre population. On nous parle de planning familial et de contraception. Aucune femme musulmane ne peut avoir une telle approche. Nous suivrons la voie indiquée par Dieu et notre cher prophète.»

Propos choquants

De tels propos sont choquants. Que le président s’adresse aux Turcs de Turquie pour leur donner des consignes de vie et pour défendre une politique nataliste conçue comme une arme géostratégique, c’est son affaire et c’est leur affaire. Mais qu’il le fasse concernant les immigrés en Europe, c’est une preuve d’arrogance à interpréter avec grand sérieux. C’est même, à y bien regarder, une déclaration de guerre. S’il semble que Houari Boumédiène n’ait jamais prononcé la phrase qu’on lui prête: «C’est le ventre de nos femmes qui nous offrira la victoire», le propos d’Erdogan, lui, est avéré et signifie la même chose. En disant que les Turcs sont l’avenir de l’Europe, il dessine les contours d’une invasion culturelle et religieuse. Il l’encourageait déjà en 2008 quand, s’adressant à plus de vingt mille immigrés à Cologne, il avait asséné: «Personne ne peut exiger de vous une attitude d’assimilation ou d’adaptation» alors même que la chancelière allemande affirmait au contraire qu’un tel effort était la condition sine qua non d’une coexistence pacifique avec les autochtones.

Le torchon brûle

Aujourd’hui, le torchon brûle entre Ankara et plusieurs pays d’Europe. Les injures de l’autocrate du Bosphore envers les gouvernements allemand et néerlandais qu’il traite publiquement de nazis, ne font qu’envenimer les choses. Sachant l’homme intelligent et madré, on peut penser qu’il le fait exprès. Pour nous, la situation est dangereuse car il tient désormais le couteau par le manche en gérant pour nous le robinet de l’immigration depuis qu’Angela Merkel a bien imprudemment tracté le pacte migratoire conclu en mars 2016 avec l’UE. Un pacte que la Turquie menace de rompre unilatéralement, comme l’a rappelé le ministre turc de l’intérieur, sans s’encombrer de précautions oratoires: «Si vous le voulez, nous pouvons ouvrir la voie aux 15 000 réfugiés que nous ne vous envoyons pas chaque mois et vous couper le souffle.» Nous couper le souffle… Qu’entend-il par-là? Le calcul est simple: l’Europe, avec sa démographie atone, pourrait, à court terme, se trouver débordée par un flux de migrants libres d’entrer par la Turquie, et une communauté d’immigrés invités à ne pas s’adapter et à faire des enfants.

Nous voilà prévenus

La démographie est une science exacte. Si les couples européens n’assurent plus leur propre renouvellement et si les femmes immigrées font cinq enfants, inutile de demander l’adhésion de la Turquie à l’UE puisque l’Europe sera bientôt turque. Selon Michèle Tribalat, directrice de recherche à l'«Institut national d’études démographiques», «le peuplement européen aura le temps de changer au point de devenir méconnaissable, avant qu’un assèchement des flux migratoires n’intervienne.»

Certains s’en réjouissent alors que d’autres au contraire estiment que notre civilisation, ni meilleure ni moins bonne que les autres, a pourtant quelque chose à apporter au monde et qu’il convient de lui donner les conditions de sa survie. Même s’il faut pour cela contrarier le Grand Turc qui, quoique membre de l’OTAN, devient toujours plus menaçant. Mercredi, il s’est comporté en pur terroriste en disant aux Européens: «Si vous continuez de vous comporter de cette manière, demain, aucun Européen, aucun Occidental, ne pourra plus faire un pas en sécurité, avec sérénité dans la rue, nulle part dans le monde.» Nous voilà prévenus!

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