Opinion

Il ne peut y avoir de place pour «l’esprit de La Mecque»

Face aux attentats perpétrés par des terroristes agissant au nom de l’islam, répéter sur tous les tons que cette religion n’est pas le problème, c’est refuser de réfléchir, estime l’ancien commandant de la police vaudoise Pierre Aepli

Les démocraties occidentales font l’objet d’une guerre menée par des combattants se réclamant de l’islam. Leur offensive totalitaire poursuit deux buts: guerrier pour terroriser et affaiblir; idéologique, pour rassembler les musulmans d’Europe en une communauté hostile, revendicatrice et porteuse de leur utopie. Le contexte géopolitique et mental leur est favorable: la démographie modifie en profondeur le profil religieux et ethnique de nos sociétés; le centre de gravité économique et politique se déplace vers l’est réduisant l’influence de l’Occident; l’autocritique destructrice, la bien-pensance molle et le politiquement correct brident notre volonté et nos capacités d’analyse et de décision. De ce fait, nous peinons à nommer l’ennemi.

Cette désignation pose inévitablement la question de l’islam. Répéter sur tous les tons qu’il n’est pas le problème, c’est refuser de réfléchir. N’est-il pas alors dans l’islam? Ce sont bien ses textes saints qui fournissent aux extrémistes leur idéologie expansionniste, haineuse et liberticide. L’islam ne peut cependant être assimilé globalement à l’ennemi. Il faut séparer ce qui, dans le Coran et la Sunna, ressort du spirituel, des versets et des prescriptions liées à des situations historiques spécifiques. Ce sont eux qui sont exploités politiquement aujourd’hui pour contester nos lois, nos valeurs, notre mode de vie.

Une guerre aux fronts flous

Dans cette guerre, les fronts demeurent flous. Une petite frange éclairée de musulmans courageux tente de s’opposer aux obscurantistes. Elle n’est malheureusement pas toujours soutenue dans nos sociétés. Aveuglés par un antiracisme érigé en dogme, certains excusent l’islamisme avec une complaisance pénitentielle. Nombreux sont aussi les anticapitalistes et les nostalgiques du bolchevisme qui voient dans les musulmans le nouveau prolétariat. Ils sont prêts à toutes les contorsions intellectuelles et toutes les compromissions pour ceux qui, à leurs yeux, sont victimes de «l’infâme». Enfin, il y a les rêveurs qui croient que toujours plus de tolérance suffira à désarmer les islamistes.

Aux attitudes de lion dans les paroles et de pudeur de gazelle dans les actes, doivent succéder la cohérence, l’exigence, la persévérance et la confiance dans le bien-fondé de la lutte

Que faire? La guerre contre les fanatiques doit être menée sur la durée, sur tous les fronts, sans faiblesse. La capacité d’action des forces de l’ordre doit être élargie pour qu’elles puissent mieux connaître, prévenir, protéger, réprimer. Elles ne seront efficaces que confortées par une politique judiciaire fermement appliquée. L’emprise des islamistes et de leurs affidés doit être combattue partout: l’école, les entreprises, les lieux de récréation publics doivent bannir sans équivoque toutes les expressions de l’islam rétrograde qui n’aspire qu’à isoler et à soumettre une communauté à son idéologie dictatoriale.

Faux prophètes

Il appartient aussi, et surtout, aux musulmans d’agir et de s’élever contre leurs faux prophètes qui prêchent une religion étouffante qui nuit à leur intégration dans les démocraties où ils ont choisi de vivre. Il faut alors soutenir ceux qui travaillent pour, ou vivent, un islam «réformé» d’Europe, conciliable avec la modernité et délivré de ses scories moyenâgeuses, de ses aspects matériels castrateurs et de ses rêves millénaristes. Enfin, sur le plan international, les efforts doivent être mieux coordonnés pour que l’islamisme soit terrassé; non seulement ses petits soldats: assassins terroristes, désaxés et frustrés qui constituent sa chair à canon, mais l’idéologie que véhiculent le salafisme, le wahhabisme et d’autres courants subventionnés par des pays soi-disant alliés et qu’encouragent notre inconscience et nos «idiots utiles».

Aux attitudes de lion dans les paroles et de pudeur de gazelle dans les actes doivent succéder la cohérence, l’exigence, la persévérance et la confiance dans le bien-fondé de la lutte. Rappelons-nous que ce n’est pas Chamberlain qui a vaincu Hitler, mais Churchill; l’esprit de Munich a conduit à la catastrophe, il ne peut y avoir de place aujourd’hui pour «l’esprit de La Mecque» et pour ses thuriféraires.

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