Depuis qu’elle fut choisie comme siège de la Société des Nations en 1920, choix inscrit dans l’article 7 du Pacte de la SdN, Genève aspire toujours à sa vocation de capitale mondiale de la paix. Les pourparlers entre la secrétaire d’Etat adjointe américaine et le ministre adjoint russe des Affaires étrangères qui se tiennent ce jeudi à la Mission de Russie auprès de l’ONU n’ont bien sûr pas pour objectif de sceller une paix définitive entre Moscou et Washington. Mais au vu des relations exécrables que les deux pays ont entretenues ces dernières années, tout dialogue, qui plus est stratégique, est bon à prendre.

C’est la première conséquence positive du sommet Biden-Poutine de juin dernier au bout du Léman. A Genève, Russes et Américains sont manifestement à l’aise. C’est là que Gorbatchev et Reagan se sont rencontrés pour entamer un dialogue qui mènera à la fin de la guerre froide. C’est aussi là qu’ils ont négocié en 2010 le seul acte de contrôle des armements qui demeure: le nouveau traité Start. Bien que bloquée depuis… 1996, la Conférence du désarmement a contribué à l’émergence d’un écosystème très spécialisé qui justifie la tenue de telles négociations à Genève. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la Coalition internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), récipiendaire du Nobel de la paix 2017, y a élu domicile.

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Au-delà de l’optimisme de bon aloi propre à tout début de processus, les dossiers que Wendy Sherman et Sergueï Ryabkov doivent discuter sont extraordinairement complexes. Il y a bien sûr la question nucléaire. Elle reste fondamentale. Mais elle n’est plus la seule. Les développements technologiques époustouflants réalisés en Russie et aux Etats-Unis ont donné naissance à de nouvelles armes au pouvoir tout aussi dévastateur. Celles-ci sont utilisées tant dans l’espace que dans le cyberespace et remettent fortement en question la notion de dissuasion nucléaire qu’on croyait acquise à jamais. Au vu de leur dangerosité, ces nouvelles armes nécessitent un cadre normatif clair pour éviter le chaos. C’est le formidable défi que devront relever Américains et Russes. Une gageure d’autant plus grande que l’asymétrie des systèmes d’armements des deux pays complique sérieusement la donne.

Le succès des pourparlers entre Sherman et Ryabkov est toutefois nécessaire. Un échec pour réglementer et limiter la course aux armements donnerait un signal très négatif à la Chine, au Royaume-Uni, voire au Pakistan, qui sont en train de doper leurs arsenaux nucléaires. Il augurerait aussi mal de la prochaine conférence de révision du très fragile Traité de non-prolifération nucléaire en janvier prochain à New York.