Le nombre de fraudes dans le négoce de matières premières a explosé cette année. Elles touchent surtout des maisons à Singapour, mais les répercussions sont globales, notamment en Suisse. Les tricheries, en réalité, pullulent depuis longtemps: il suffit de taper des noms comme Oceanografia, Transmar, Qingdao, OW Bunkering, Macoil, Coastal Oil, Agritrade, Hin Leong ou ZenRock pour s’en rendre compte.

Les fraudeurs profitent d’un encadrement juridique lacunaire, mais aussi de procédés archaïques. Prenons une cargaison de pétrole au large du Nigeria. Le capitaine vérifie le nombre de barils entrant sur son bateau, il tamponne des documents et les envoie par la poste. Même en recommandé, les missives peuvent mettre plus d’un mois à arriver alors que la cargaison est payable en trente jours. Quand l’acheteur reçoit la lettre d’indemnité du vendeur, certifiant que ce dernier est responsable du brut jusqu’à la remise des originaux, le pétrole est déjà livré.

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Un contretemps anachronique à l’ère d’internet? Bienvenue dans le monde bigarré des matières premières, où ce scénario est loin d’être inhabituel. Les denrées émanent des quatre coins du monde et il faut composer avec les différentes façons de gérer les flux.

Des documents écrits, les administrations en exigent souvent, comme un douanier n’accepte pas forcément l’idée d’une version numérique d’un passeport. Dans la plupart des échanges, les négociants privilégient les e-mails, instantanés, faciles, efficaces. Mais les écueils sont similaires.

Le retrait des banques

Instantanés, les e-mails? Oui. Faciles et efficaces? Il y a mieux désormais, avec des plateformes uniques sur lesquelles tout le monde peut se connecter, des armateurs aux banques. Trois sociétés – Komgo, Vakt et Covantis – se démarquent sur ce créneau en utilisant la blockchain, une technologie cryptée et décentralisée de transmission de l’information, qui réduit les risques de fraudes et d’erreurs.

C’est une bonne nouvelle pour la place genevoise, ce pôle du négoce qui doit se renouveler, car deux d’entre elles sont dans le canton. Komgo est en plein essor et Covantis, soutenue par des géants des céréales, doit lancer son produit l’an prochain. Il y a urgence, car, face aux risques, plusieurs banques – ces rouages essentiels du négoce – se sont récemment retirées du métier. Dont BNP Paribas, l’acteur historique, celui qui a permis au groupe zougois Glencore de démarrer ses activités en 1974 et de devenir un empire.