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Sur le fil Facebook de Yoyo Maeght, février 2018.
© DR

Vivre ensemble

La neige, ce grain de sable qui fait revivre

Mais pourquoi trouve-t-on autant de photos de neige sur les réseaux? C’est parce que la neige, c’est la vie

Combien en avez-vous reçu sur votre fil Facebook, par WhatsApp, sur Instagram, voire par mail pour les rétifs d’entre nous aux réseaux sociaux? Les photos spectaculaires de bonnets gelés, de foules attendant un tram invisible, de rives prises par la glace, de rues blanches et vides au petit matin, ces images ont envahi ces dernières heures la sphère publique. Le mot-dièse #Schnee était le plus utilisé ce vendredi dans l’ensemble de la Suisse, avec plus de 4000 messages rien qu’en une matinée. Mais pourquoi a-t-on donc autant besoin de partager ainsi un événement aussi régulier et familier que des chutes de neige au beau milieu de l’hiver (avec son cortège de difficultés de transports, tout aussi régulières et familières)?

On peut comprendre que le Panthéon de Rome ou le téléphérique de Londres sous la neige soient des événements peu habituels, et qui méritent d’être fixés dans les pixels de nos interactions numériques.

On peut être plus surpris par des images du marché Saint-Gervais à Genève, de l’EPFL, voire de stations de ski.

Si l’on omet les photos au message subliminal et très utilitaire – regardez toute cette neige, vous comprendrez que je sois en retard, voire que je ne vienne pas travailler – il existe pourtant des tas de bonnes raisons pour prendre des photos de neige et les partager allègrement, même si ce sont les mêmes tous les ans.

D’abord, la neige évoque les jeux, les glissades, l’enfance. Miracle d’une boule qui fond dans la main, du pas qui fait craquer la neige. Quand on est occupé à ne pas tomber, on oublie le stress, les factures, les malheurs du monde. La parenthèse est très momentanée, mais elle force à l’insouciance. La neige, c’est le rappel qu’une autre vie est possible, plus sensuelle, plus directe.

Ensuite, la neige nettoie et rend tout beau autour d’elle. Sa blancheur illumine, cache la crasse et redessine le monde. La photo des jardins de Versailles publiée début février sur Facebook par Yoyo Maeght (oui, de la famille des Maeght) est merveilleuse parce qu’elle montre les formes imaginées par Le Nôtre dans leur pureté originelle, une géométrie implacable qui matérialise une perfection sinon rarement visible. La chaise de parc la plus ordinaire devient un trône, et tout est féerique.

Enfin, la neige nous redonne à éprouver la nature, les saisons, l’espace, dont nous sommes habituellement coupés, coincés que nous sommes dans nos appartements trop petits et nos trains bondés. Elle nous remet à notre place et brise notre routine en nous rappelant que le monde est vaste et que toutes les précautions que les hommes prennent pour vivre au rythme qu’ils ont choisi ne valent plus rien dès que la température descend en dessous de zéro. C’est le grain de sable qui en bloquant les trains développe l’entraide, facilite la conversation, et réinvente le partage. Dit prosaïquement: devoir changer ses plans de journée et s’adapter à la météo, c’est revivre, même en grelottant.

Voilà ce que racontent de nous les photos de neige. Aussi parce que nous n’y vivons pas. Poster des photos de neige, c’est aussi dire qu’on l’a choisie, reconnue pour l’émerveillement qu’elle apporte, en un moment limité, suspendu, qui aura une fin. Sur d’autres photos qu’on trouve aussi sur les réseaux, des associations humanitaires postent des photos d’hommes et de femmes sans abri, dans des parcs, sur des bouches d’air chaud. Celles-là ne font pas rêver.


Note aux lecteurs

Cet article a été amendé vendredi 2 mars. La correction portait sur une «fake news» qui s'y était introduite, avec une photo de pyramides d'Egypte enneigées. Une fausse nouvelle.  Merci au lecteur qui nous l'a signalée.

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