Paix

Ce que Nelson Mandela lègue aux efforts de paix en Afrique au XXIe siècle

Président d’Interpeace, Scott Weber profite du centenaire de la naissance de Nelson Mandela ce mercredi pour souligner la nécessité d’un dialogue pour la paix avec tous les acteurs au sein même des communautés affectées par des conflits

Ubuntu. Un terme qui reflète une tradition africaine d’accueil et de dialogue pour le bien des autres. Parmi les hérauts qui ont porté ce principe, l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, dont le centenaire est célébré ce mercredi, a souvent été interrogé sur la signification qu’il donnait à ce mot. Ubuntu peut se voir comme ce qu’un être humain peut accomplir pour lui, mais pour contribuer aussi «à l’amélioration de la communauté autour de lui», avait-il résumé lors d’une interview.

Sortir de l’apartheid

Une fois arrivé à la présidence, il aura lui-même appliqué cette devise de différentes manières. En réunissant par exemple Afrikaner et population noire par le sport. L’Afrique du Sud a fini par sortir du long couloir de l’apartheid par la lumière du dialogue entre communautés et grâce au douloureux mais salutaire processus de la Commission de vérité et réconciliation. Si cette solution doit inspirer, elle ne constitue pas pour autant une panacée pour résoudre tous les conflits.

Les leviers dans les communautés sont beaucoup plus nombreux. Ces dernières décennies, le continent africain a été confronté à de nombreux conflits en raison de tensions entre ethnies, peuples ou simples voisins. Les violences déchirent des populations mais leur résolution s’amorce et se consolide dans ces mêmes communautés, et c’est en elles que se trouve la solution.

Ces communautés doivent constituer le vivier des efforts de paix en s’appropriant les processus de dialogue et d’engagement. C’est ce rôle qui doit ensuite nourrir le lien avec des relais comme la société civile et les autorités nationales, les forces de sécurité et l’action de la communauté internationale. Cette approche permet de faire vivre un mécanisme inclusif, de New York à Abidjan en passant par Genève ou Bujumbura, et finira par aboutir à la reconstruction d’une société.

Courroie de transmission

Dans l’action qu’elle a entamée la même année où Nelson Mandela accédait à la présidence de la République sud-africaine, Interpeace défend la conviction profonde de servir de courroie de transmission entre acteurs à tous niveaux. Soutenir les populations mais aussi des gouvernements ou des forces armées vers une désescalade, établir ou consolider la paix, c’est le défi que cette organisation internationale établie à Genève se fixe au quotidien au Mali, en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo (RDC) ou en Somalie, pour ne citer que quelques exemples.

Là encore, différents vecteurs comme le sport, les arts et tout ce qui contribue à rapprocher les communautés ont fait leurs preuves au niveau local. Les dialogues nationaux permettent à tous les acteurs de la société de progresser davantage encore. C’est dans cet état d’esprit qu’un vaste agenda pour la paix a notamment été établi en 2016 au Mali. Dans la même lignée, de nombreux jeunes Ivoiriens ont été consultés pour tenter d’analyser les obstacles à un effort commun et à un engagement citoyen. «Les initiatives pour la paix et la sécurité que je mène avec les communautés sur place cherchent à organiser un dialogue et à renforcer le mode de connexion entre elles», résumait dans ce processus un jeune leader associatif à Port-Bouët. En Libye, un travail a été mené auprès de populations qui cohabitent de manière apaisée pour tenter d’en faire un moteur pour l’ensemble de ce pays encore divisé et en proie aux milices.

La paix ne peut pas se construire seulement entre élites si elle veut être incarnée et couronnée de succès. Elle exige qu’on restaure la confiance entre autorités et citoyens et qu’on établisse un dialogue entre populations et représentants des forces de sécurité. Elle ne passe pas par le seul déploiement de davantage de troupes sur un territoire. La paix ne peut fonctionner que si les premiers concernés, les peuples locaux, se l’approprient. Le combat de Nelson Mandela et son attachement à l’Ubuntu en sont des indications. Au XXIe siècle encore, ce combat doit nous inspirer en Afrique et bien au-delà pour faire du vivre-ensemble notre objectif ultime.

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