Musique

«Je n’étais pas spécialement fan de Johnny, mais c’était Johnny»

La mort du rockeur français bouleverse ses plus grands fans. Sur les réseaux sociaux, ils déversent tout leur chagrin. Quand d’autres lui rendent hommage plus sobrement. Une question de générations, sans doute

Bien sûr, il y a les larmes des admirateurs orphelins. Une émotion profonde et la sensation d’un grand vide. «Je n’ai pas de mots… Une immense tristesse. La vie ne sera plus tout à fait pareille maintenant qu’il est parti rejoindre les étoiles», écrit @Rockandblues3 sur Twitter. Johnny Hallyday a traversé les époques, jusqu’à devenir une icône.

Mercredi matin, à l’annonce de sa mort, de nombreux internautes étaient sous le choc. L’impression d’avoir fait un mauvais rêve, comme si la «gueule» de cet artiste incontournable ne pouvait jamais disparaître. «Il y a tellement de ses chansons qui, depuis plus de 50 ans, nous ont fait rire, pleurer, fredonner. Un mythe s’en est allé mais il restera dans nos cœurs à tout jamais», confie un lecteur de 24 heures.

De génération en génération

Johnny Hallyday était le chef de file de la génération yé-yé, disait le sociologue Edgar Morin. Figure du rock’n’roll, il était un symbole de liberté pour la jeunesse d’alors. «Merci pour tes inoubliables chansons des années 1960 surtout. «L’Idole des jeunes», c’est toi», peut-on lire sur le site du quotidien vaudois. Une forme de nostalgie s’empare des fans qui ont grandi avec Johnny. Sur Twitter, un journaliste de L’Yonne républicaine raconte une conversation téléphonique qu’il a eue avec une correspondante du journal local, une «grande fan» du rockeur français. «Je l’écoute depuis que j’ai 6 ans», lui a-t-elle confié, en pleurs.

Des personnes plus jeunes ont également évolué avec la «bête de scène», une passion souvent transmise par les parents. Un internaute belge a publié des photos de son appartement recouvert de posters et goodies à l’effigie de son idole. «Tu es là! Partout, regarde, tu es partout, tu as bercé mon enfance, mon premier concert c’était toi, j’avais cinq ans, on va te dire au revoir mais jamais d’adieux!» lance @yvgrain sur Twitter. Un cri du cœur.

Le chagrin et le respect

Sur les réseaux sociaux, il y a le chagrin et le respect. Un respect exprimé par ceux qui ont suivi de loin sa carrière hors du commun. «J’ai beau ne pas avoir autant écouté sa musique que mes aînés, j’ai tout de même grandi avec lui et ça fait bizarre, c’est triste de le voir partir», twitte @hobyance.

Une question de générations, sans doute. «Je n’étais pas ton plus grand fan, mais tu as marqué mes parents et pour cela je ne t’oublierai jamais», confirme @Djf1rstmike. Les plus jeunes reconnaissent son talent, mais ne s’enflamment pas. Certains préfèrent avoir une pensée pour les proches de la star. «Mourir a l’arrivée des fêtes de fin d’année, je pense qu’il n’y a pas plus dur pour une famille. Son combat contre la maladie prend fin, un grand chanteur nous quitte», peut-on lire sur Twitter.

Le rockeur français met tout le monde d’accord. «Je n’étais pas spécialement fan de Johnny, mais c’était Johnny: un monument, un symbole, un visage de la France. Il nous a tous fait chanter. Quelle bien triste semaine», lâche @Lucas__Petit, qui fait référence à la mort de Jean d’Ormesson la veille.

«Caractère éternel»

Même les défenseurs du bon goût partagent leur émotion sur le Web. Un internaute raconte sa matinée rythmée, à son plus grand étonnement, par une mélodie de Johnny. «Ce n’était pas mon style, pas ma came, pas ma culture. Mais ce matin, en allant au travail, je me surprends à fredonner «Je te promets» dans le train en regardant défiler le paysage. Il y a des artistes dont le caractère éternel dépasse les clivages musicaux», résume joliment @Mat_Grapeloup sur Twitter.

Peu importent nos goûts musicaux, on est obligé d’admettre que le rockeur est ancré dans l’imaginaire collectif. «Ça ne finira jamais. Johnny Hallyday nous a quittés mais continuera d’allumer le feu dans nos cœurs et nos mémoires», confirme @Hugo_Robert17, un étudiant français. Une perspective qui effraie quelques internautes blagueurs.

Plusieurs n’osent plus regarder la télévision ou allumer leur radio, par peur d’entendre la chanson «Allumer le feu». «Je ne suis pas prêt pour les six mois de chansons de Johnny à la radio et de reportages sur sa vie sur toutes les chaînes», plaisante @Gros_Romain. «On a tous prédit ce moment en rigolant et en faisant des vannes, mais une fois que ça arrive pour de bon, ça reste malgré tout bien triste. Repose en paix l’Artiste», tempère @lolitanieenbl0g.

Un entre-deux?

La couverture médiatique exceptionnelle de l’annonce irrite une minorité d’internautes. Johnny Hallyday serait-il un peu trop vite hissé au rang de légende de la musique? «J’allume la radio: «Johnny Hallyday était l’équivalent de Bruce Springsteen et de Johnny Cash…» J’éteins la radio. Bonne journée», s’agace @mompontet sur Twitter. Le magazine Les Inrocks tente de réconcilier tout le monde. «Entre les inconditionnels prêts à mourir pour Johnny et les allergiques qui préféreraient vendre leurs gosses plutôt que d’écouter une seule minute la voix de Jean-Philippe Smet, il y a peut-être des nuances, un moyen terme, une pondération à trouver?» se demande le journaliste Serge Kaganski.

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