Jamais un premier ministre israélien ne s’était autant immiscé dans les affaires intérieures américaines. Benyamin Netanyahou, dont les relations personnelles avec Barack Obama ont, dès 2009, été mauvaises voire très mauvaises, ne s’en cache pas: il n’attend plus que l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche le 20 janvier prochain.

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Il n’en est pas à son premier coup. En 2015, il avait eu l’outrecuidance d’accepter une invitation, initialement à l’insu de la Maison-Blanche, à s’exprimer devant les deux Chambres du Congrès pour venir saper les négociations en cours sur le nucléaire iranien. Son talent, si l’on peut dire, aura été de comprendre ce qu’est devenue la question israélienne aux Etats-Unis: un jouet politique que chaque congressiste utilise à son gré pour faire avancer sa propre cause. Il aura aussi réussi à instiller le doute quant à l’attitude de Barack Obama face à l’Etat hébreu.

Or, comme l’a souligné le secrétaire d’Etat John Kerry dans son vibrant discours de mercredi sur la nécessité de «sauver» la solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien, il faut oser dire à ses amis des vérités difficiles à entendre. La poursuite des colonies en Cisjordanie sert peut-être les intérêts immédiats du premier ministre israélien pour se maintenir au pouvoir, mais elle sape toute perspective de paix. Qualifier l’administration Obama de gouvernement américain le plus anti-Israël de l’histoire, parler de trahison ou d’abandon comme le font les ministres les plus extrémistes du gouvernement Netanyahou ou nombre de républicains outre-Atlantique, est cependant une «profonde injustice et une contre-vérité», comme le confie au «Temps» George Mitchell, ex-envoyé spécial de l’administration démocrate au Moyen-Orient.

Récemment, celle-ci a conclu un accord garantissant à l’Etat hébreu 38 milliards de dollars d’aide militaire. Du jamais-vu. Nombre de responsables israéliens de l’armée et des renseignements l’ont déclaré publiquement: la coopération n’a jamais été aussi bonne que sous l’ère Obama. Dans la logique manichéenne qui les anime, les voix les plus critiques à Tel-Aviv ne comprennent pas qu’un chef de la Maison-Blanche puisse défendre les intérêts israéliens tout en concluant avec Téhéran, l’ennemi juré, un accord sur le programme nucléaire iranien. Or celui-ci est dans l’intérêt à terme des Etats-Unis et de la communauté internationale, mais aussi de l’Etat hébreu.

George Mitchell a toutefois de vraies réserves sur les récentes offensives diplomatiques. Il craint que la résolution de l’ONU, pourtant tout à fait «cohérente avec la politique américaine de ces cinquante dernières années», et le discours de John Kerry tenu à trois semaines de l’investiture de Donald Trump ne compliquent davantage la marche vers la paix en éloignant plus encore Israéliens et Palestiniens. La volonté du président élu Donald Trump de changer radicalement de cap ne le rassure pas davantage.

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