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Netflix se met au blockbuster neuneu

Le studio en ligne dévoile «Bright», un ambitieux thriller de science-fiction qui est surtout un formidable nanar

Il y a dix mois, soit vingt après sa création, Netflix réalisait un gros coup en s’invitant au Festival de Cannes, une polémique à la clé: est-ce que des films produits pour n’être diffusés que via une plateforme web peuvent concourir aux côtés de longs-métrages pensés pour le grand écran? Tandis que tout le monde y allait de sa réponse et que le délégué général du plus grand rendez-vous cinématographique au monde décidait de modifier le règlement pour imposer une sortie en salles aux œuvres sélectionnées, le studio en ligne présentait deux films en compétition officielle: The Meyerowitz Stories, de Noah Baumbach, et Okja, de Bong Joon-ho.

«Okja», un des meilleurs films vus en 2017

Si le premier, malgré l’improbable trio Dustin Hoffman-Ben Stiller-Adam Sandler, ressemblait trop à un ersatz de comédie de mœurs allenienne pour totalement convaincre, le second fut une magnifique surprise, un des meilleurs films vus en 2017. Cette fable veggie racontant l’amitié entre une fillette et un cochon géant tendait à prouver qu’en donnant un budget conséquent à des réalisateurs de talent, Netflix était capable de produire des films de divertissement à haute valeur artistique ajoutée.

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Peu avant Noël, quelques jours avant de lâcher la saison 4 de Black Mirror, la société californienne dévoilait Bright, un ambitieux thriller de science-fiction qui lui aura coûté quelque 90 millions de dollars. Réalisé par David Ayer (Fury, Suicide Squad), le film montre Will Smith en agent de police obligé de faire équipe avec une orque. Car voilà le concept du film: les humains et les créatures magiques vivent dans le même monde et, si les elfes sont d’arrogants nantis, les orques, elles, sont ostracisées. Se greffe là-dessus une histoire de baguette magique et de seigneur des ténèbres… Au final, le résultat est aussi ridicule que le budget est conséquent.

Soutenir les auteurs délaissés par les studios traditionnels

Avec Bright, Netflix se lance dans le blockbuster. En matière de divertissement XXL, Hollywood a marqué le pas ces douze derniers mois, de nombreuses grosses productions ne réussissant pas à amasser des recettes aussi importantes qu’espérées. Le studio 2.0. ne dépensant pas grand-chose en matière de promotion et de diffusion, il peut se permettre de tout miser sur le produit lui-même. Sauf que sur ce coup-là, c’est donc raté. Malgré un Will Smith comme à son habitude impeccable, Bright est un nanar de haut vol.

Netflix produit de brillantes séries (Mindhunter, créée par David Fincher), d’excellents documentaires (Jim & Andy, de Chris Smith; Into the Inferno, de Werner Herzog) et se fait un honneur de soutenir les auteurs que délaissent les studios traditionnels – Baumbach et Bong hier, Martin Scorsese demain. C’est sur ce terrain qu’il est attendu, pas sur celui des blockbusters neuneus, où la concurrence est rude.


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