Revue de presse

Netta Barzilai, l’Israélienne étiquetée #MeToo qui fait sensation à l’Eurovision

Ce samedi à Lisbonne, la chanteuse de Tel-Aviv aura fort à faire contre la Chypriote qui incarne son antithèse musicale et spirituelle. Les bookmakers prévoient déjà un duel sans merci, sur fond d’antisionisme

Attention: apparition d’une espèce de «mutante entre Beth Ditto et Björk». Voilà la formule répétée par les commentateurs du monde entier pour tenter de cerner le phénomène. Pourtant, a priori – et la photo ci-dessus le montre un peu – mis à part sa voix puissante, la chanteuse israélienne de 25 ans Netta Barzilai n’a pas grand-chose d’une diva télégénique. Selon les critères du «vieux monde», car c’est bien elle, sans le moindre doute, qui a fait sensation ce mardi lors de la première soirée éliminatoire du 63e Eurovision Song Contest, qui se déroule cette semaine à Lisbonne. Avec une arme de choc, parmi d’autres: ses caquètements de gallinacée fâchée.

«I’m not your toy, stupid boy» («Je ne suis pas ton jouet, imbécile»). Le refrain très emballant de cette déconcertante championne japonisante du mouvement #MeToo, avec son kimono pop bariolé, tourne déjà en boucle sur Twitter depuis plusieurs semaines, faisant d’elles un des favorites de la finale de samedi 12 mai, comme une héroïne un peu immature de manga. Mais ce serait une erreur de sous-estimer les chances de cette pro du show-biz.

Elle a été révélée par le télécrochet israélien Rising Star, mais sa chanson, «Toy», ne suffira peut-être pas, puisqu’elle est désormais talonnée par celle de Chypre, l’incendiaire «Fuego» d’Eleni Foureira, une bombe sexuelle déjà surnommée «Shakirayoncé» par Christophe Willem et André Manoukian mardi soir sur France 4. Les bookmakers prévoient un joli duel entre ces deux antithèses artistiques pour la tête du classement.


(Parenthèse: la Suisse, représentée par ZiBBZ, n’en sera pas, de cette finale, la concurrence était décidément trop forte, une fois de plus, mais plus que jamais cette année):


Elle se dit «belle et sexy» malgré son surpoids. «Trop forte», aurait dit la regrettée Maurane. Elle danse comme une poule qui s’ébroue sur une musique électro très rythmée en plaidant la cause de l’émancipation des femmes. Sa chanson, «Toy», «porte un message important: le réveil du pouvoir des femmes et la justice sociale, le tout enrobé dans une ambiance festive», résume-t-elle habilement pour le site spécialisé dans l’Eurovision Wiwibloggs. Un esprit que l’on retrouve sur son compte Instagram, complètement déjanté, très provoc', mais aussi très joyeux et second degré.

Pas dogmatique, donc, celle qui voulait «écrire une chanson qui fasse danser tout le monde», explique son auteur, Doron Medalie, au Times of Israel. Une fois qu’il a trouvé le pitch, il a commencé à travailler avec son compère compositeur «sur le thème du jouet». «C’était bingo pour moi, dit-il. Quand Netta chante et bouge comme elle le fait, on utilise des jouets pour dire quelque chose de différent sur le mouvement #MeToo.» D’ailleurs, elle est la préférée des associations de fans du concours télévisé, selon un sondage réalisé par l’Organisation générale des amateurs de l’Eurovision (OGEA).


Lire aussi, sur le même sujet:


Pourtant, la concurrente israélienne divise. Un internaute de 20 minutes (France) résume bien le propos avec ce discours habituel contre Israël, le «petit pays qui a tenu en échec et battu l’Egypte, la Syrie et la Jordanie qui l’ont attaqué en même temps et se sont enfuis en laissant leur matériel militaire et leurs godillots. Israël est menacé par tous ses voisins arabes, Iran compris et tient tête depuis plusieurs années… C’est comme si la suisse était attaquée par tous ses voisins européens… Imaginez le topo… Alors un peu de respect!»

«Comme des rats qui cherchent le moindre trou pour s’introduire», lit-on par ailleurs sus le blog LPHInfo, la campagne internationale de Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) «cherche la moindre occasion de s’en prendre à Israël». «Sur les réseaux sociaux, le BDS appelle les citoyens de tous les pays participants à donner la note zéro» à cette malheureuse Netta, puisqu’elle est «notamment accusée de prendre part à l’oppression contre le peuple palestinien». Une photo, une seule, de la chanteuse qui a effectué ses obligations au sein de Tsahal comme des milliers d’autres Israéliennes suffit à dénoncer celle «qui chante pour des assassins d’enfants». Sur cette image, on la voit en uniforme, un soir de représentation avec la chorale de la Marine nationale:

En attendant, le grand public adore et se fiche royalement de ces atermoiements politiques qui ont toujours interféré dans le bon déroulement de l’émission aïeule de l’histoire de la TV, regardée par plus de 200 millions de spectateurs. Beaucoup de téléspectateurs voient déjà en Netta la digne successeure de la transsexuelle Dana International, qui avait remporté le concours il y a exactement vingt ans.

Même si selon le site Eurovision-quotidien.com, le vainqueur portugais de l’année dernière, Salvador Sobral, vient de s’attirer les foudres de tout ce petit monde après avoir donné un entretien au journal Publico, où il regrette notamment que l’Eurosong se complaise dans la médiocrité après qu’il eut vanté la qualité de sa propre œuvre. Las, l’Artiste, pas très malin, s’est donné la peine d’écouter la chanson israélienne et l’a trouvée horrible.


  • Deuxième demi-finale ce jeudi soir sur rts.ch ou sur RSI" canal B pour le commentaire en français, ou sur France 4, à 21h.
    MediaSlot: Tweet twitter.com/JeanmarcRichar3/status/993887216777785344
  • «Eurovisions», documentaire sur les grands moments et coulisses du concours, sur RTS Un, samedi 12 mai, à 10h35.
  • Finale de l’Eurosong 2018, en direct de Lisbonne, sur RTS Un samedi 12 mai à 21h, commentée par Jean-Marc Richard et Nicolas Tanner, ou sur France 2. Hashtag Twitter: #eurosongCH
  • Journée et Nuit de l’Eurovision, sur France 2, ces samedi 12 et dimanche 13 mai, dès 14h et jusqu’à 04h50, avec plusieurs films documentaires.
  • Quelques autres articles du «Temps» sur le concours Eurovision.
Publicité