En avril 2005, Neuchâtel était le premier canton romand à basculer à gauche, suscitant un vif intérêt dans toute la Suisse. A l’heure de remettre leur majorité en jeu, le 5 avril, le Parti socialiste et ses alliés présentent un bilan positif. Confronté à une situation financière catastrophique, le Conseil d’Etat a multiplié les réformes. L’effort a porté ses fruits, comme le montrent ses comptes, en constante amélioration.

Pourtant, Neuchâtel n’est pas tiré d’affaire. Il garde un déficit structurel important, indiquent les statistiques intercantonales. Canton exportateur, il est en outre particulièrement exposé à la crise économique, ce qui aura une forte incidence sur ses prochains exercices comptables.

Malgré cette situation préoccupante, la campagne électorale est restée d’une platitude absolue. Tous les candidats ou presque s’accordent sur la nécessité de poursuivre les réformes. Un changement de majorité – l’hypothèse semble improbable – ne modifierait donc pas grand-chose sur le fond.

Le futur gouvernement devra améliorer sa communication, souvent désastreuse ces dernières années. L’enjeu est capital. Qu’il s’agisse des hôpitaux, de la réforme de la justice ou des hautes écoles, seul un important travail de persuasion permettra d’atténuer les réflexes régionalistes qui ont trop souvent pourri le climat politique cantonal.

Sommés de se serrer la ceinture, privés de certains services de proximité, les Neuchâtelois ont besoin d’être rassurés. Ils ont soif aussi de projets porteurs qui leur permettent de se projeter dans l’avenir. A ce titre, l’intérêt des CFF pour le Transrun, qui mettra Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds à dix minutes de train, constitue un formidable motif d’espoir. Le récent ancrage de l’EPFL dans le chef-lieu constitue un autre signal fort. Cela prouve que le canton garde des atouts pour faire face au lémanocentrisme qu’il dénonce si souvent.

Reste une certitude. Si Neuchâtel s’en sort difficilement aujourd’hui, ce sera pire demain. Avec 170 000 habitants et un essor démographique anémique, il doit réfléchir à une échelle plus large. Les collaborations déjà existantes avec le Jura et le Jura bernois doivent être renforcées pour déboucher, un jour, sur une fusion qui renforcerait considérablement la position de l’Arc jurassien. De quoi dépasser enfin les querelles de clocher stériles entre le Haut et le Bas, le Jura-Nord et le Jura-Sud.

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