Votation

Neuchâtel se déchire pour ses hôpitaux

A l'approche du vote du 12 février sur la réorganisation hospitalière, partisans et opposants de l’initiative pour deux hôpitaux «sûrs, autonomes et complémentaires» et du contre-projet centralisateur du Conseil d'Etat s’affrontent sur les réseaux sociaux

Menaces, coups bas, dépôt de plainte: à Neuchâtel, la votation sur la réorganisation hospitalière vire au règlement de comptes. A l’approche du scrutin du 12 février qui oppose l’initiative pour deux hôpitaux «sûrs, autonomes et complémentaires» au contre-projet défendu par le gouvernement pour la concentration des soins aigus sur le Littoral et la réadaptation dans les Montagnes, la population se déchire. Devant la virulence de la campagne et «les mensonges auxquels elle donne lieu», le Conseil d’Etat a diffusé jeudi dernier un appel au calme. Qu’importe, la bataille se joue principalement sur les réseaux sociaux, où la rivalité entre Haut et Bas resurgit de plus belle dans ce dossier explosif, discuté depuis plus de huit ans.

Le 23 janvier, une manifestation à la lampe torche donnait le ton. Le SOS dessiné à la Vue-des-Alpes sonnait comme un cri du cœur. La semaine dernière, quatre députés du Haut accusaient l’Hôpital de Neuchâtel (HNE) de collusion avec la presse locale et le Conseil d’Etat, faisant état de «menaces, alliances souterraines et réseaux cachés». «Tout et n’importe quoi a pu être entendu ces dernières semaines dans ce dossier», résume le député et médecin Olivier Lebeau, favorable au contre-projet gouvernemental, en se lançant dans une opération «vrai ou faux». 

«Les Montagnes laissées-pour-compte»

Les praticiens des deux bords (majoritairement pour la centralisation) ont depuis longtemps rejoint la mêlée. Mercredi dernier, l’un des cadres de HNE, favorables au contre-projet, déposait plainte contre le Dr Jean-Emmanuel Lalive, membre du comité d’initiative et Chaux-de-Fonnier, estimant qu'il avait provoqué «une grave désinformation», en prétendant sur Facebook qu'un gastroentérologue de l'HNE n'était pas qualifié alors qu'il est en réalité diplômé FMH, «avec pour seul objectif d’installer la peur au sein de la population en faisant croire que les habitants des Montagnes sont des laissés-pour-compte».

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Sur Facebook, le débat prend une tournure personnelle, devient viscéral et met à mal la cohésion cantonale. Sur la page «Stop à la folie financière des dirigeants d’HNE», le «NON au contre-projet» s’accompagne d’une photo d’un navire en train de sombrer. La centralisation des soins à Neuchâtel y est jugée «mal ficelée et beaucoup trop chère». «Ras-le-bol des promesses! Les Montagnes ont droit à un avenir au sein du canton, et pas seulement le devoir d’être son parent pauvre», s’insurge Laurent Probst, infirmier sur le site de la Chaux-de-Fonds, qui défend le «dernier rempart contre le tout à Neuch». «Madame Vos, présidente du Conseil d’administration d’HNE, et ses sbires risquent d’être poursuivis pour diffamation, ses hommes de main dégradent certaines de nos affiches…», lit-on encore sur la page de l’initiative

«Des doublons onéreux» 

Sur le portail de la Ville de La Chaux-de-Fonds, même son de cloche. «Pourquoi viser plus prestigieux, plus spécialisé et surtout plus cher, si on n’en a pas les moyens et que cela déchire le canton?» L’HNE riposte en soulignant que l’initiative induit «des doublons onéreux: deux blocs opératoires 24h/24h, deux services de chirurgie, deux services d’anesthésiologie au lieu d’un seul. A la charge de qui? Du contribuable.» Mais l’argument ne convainc pas. «Ce sera deux hôpitaux ou deux demi-cantons», lâche une internaute, qualifiant au passage le conseiller d’Etat Laurent Kurth de «rêveur incompétent et vendeur d’inepties».

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«S’il y a un choix que nous ne pouvons pas faire, c’est celui d’envisager l’avenir dans la division», exhorte tant bien que mal le conseiller d’Etat Alain Ribaux. Un vœu pieux dans un contexte ultra-émotionnel, où l’animosité ambiante essaime même hors du canton. Lundi, sur les ondes de la RTS, la direction de l’Hôpital du Jura bernois, exemple de structure régionale qui s'en sort bien, dénonçait le «tissu de mensonges inacceptable» énoncé par Pauline de Vos Bolay: «S’ils veulent allumer des incendies, qu’ils le fassent chez eux!»

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