Qu’un président français réponde à des journalistes américains n’est plus guère surprenant. Jacques Chirac – anglophone depuis sa traversée des Etats-Unis dans les années 1950 – avait défrayé la chronique en octobre 1995 en acceptant l’invitation de Larry King, alors intervieweur vedette de CNN. Vu leur anglais rustique, Nicolas Sarkozy puis François Hollande durent passer, une fois élus, par le truchement de traducteurs et/ou de journalistes américains capables de les interroger dans la langue de Molière. Il n’empêche: eux aussi se livrèrent à l’exercice de la parole made in USA, à l’occasion d’une visite présidentielle ou d’un sommet du type G7.

Réponses en anglais

Emmanuel Macron, lui, est allé plus loin dès le début de son mandat en acceptant de répondre aux questions en anglais, en particulier à l’issue des sommets européens. Le voir prendre la parole dans les colonnes du New York Times n’a, par conséquent, rien d’étonnant. La méthode et le sujet sont, en revanche, beaucoup plus éloquents sur la posture du président français, à moins de deux ans de la fin de son mandat. Car dans son édition du 16 novembre, le grand quotidien new-yorkais ne publie pas un entretien classique, questions-réponses, avec le locataire de l’Elysée. Ben Smith, son éditorialiste chargé des médias, relate sur six colonnes, avec appel de une, une tout autre conversation: celle qu’Emmanuel Macron a engagée en l’appelant directement, depuis Paris, pour s’expliquer sur la «laïcité» et son projet de loi contre le séparatisme et l’islamisme.