Editorial

De Nice à Alep, destins liés

Après les attentats de Nice, les pays impliqués doivent impérativement mesurer leur réponse pour ne pas aggraver une situation déjà insoutenable en Syrie

Soixante morts? Le double? Les images, à tort ou à raison, montrent une école supposément prise pour cible par erreur, mardi, par l’aviation américaine au cours des bombardements qu’elle opère contre l’organisation Etat islamique (Daech). Ni l’opération, et encore moins son bilan, n’avait été officiellement confirmée hier par les responsables américains. Mais d’une certaine manière, le mal est fait. D’autant plus, en réalité, que certains témoignages évoquaient l’existence d’une autre erreur parallèle, russe cette fois, mais lourde elle aussi en «dommages collatéraux»: au moins 21 civils syriens tués.

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Toute inaction et toute indécision face à la menace que représente Daech sont synonymes de tragédie, comme l’a démontré le drame de Nice, le 14 Juillet. Mais la «guerre» déclarée aux djihadistes est, elle aussi, grosse de conséquences. Dans ce conflit parallèle, qui consiste à vider les djihadistes du moindre soupçon de la légitimité qu’ils accordent eux-mêmes à leurs actions, le raccourci est, malheureusement, saisissant. Voici, Russes et Américains, main dans la main, prenant pour cible des civils musulmans. La démonstration se suffit à elle-même pour alimenter, encore, de nouvelles justifications, même insensées.

Les Américains, et la coalition internationale qu’elle mène en Syrie et en Irak, ont pris jusqu’ici des précautions extrêmes pour éviter de prêter le flanc à ce genre de raccourcis. Une coïncidence fatale? Une grossière mise en scène ou un guet-apens tendu par l’Etat islamique? Un emballement coupable à la suite des attentats qui frappent l’Occident?

Qu’elle soit proclamée avec force à Washington ou à Paris ou menée avec davantage de discrétion, qu’elle soit le fruit de la nécessité ou qu’elle soit guidée en partie par des inévitables calculs de politique intérieure, tout cela n’y change rien. Peu importe l’hypothèse retenue: les bombes, seules, ne suffiront pas. Et ce, d’autant moins, en réalité, que la Syrie vit ces jours un autre drame majeur en gestation: l’étouffement de la partie d’Alep qui échappe au contrôle de Bachar el-Assad.

Des dizaines de milliers de personnes prises au piège, bombardées au quotidien, bientôt menacées de famine et dont les voix (presque inaudibles maintenant) s’élèvent pour crier à la trahison, à l’abandon, de la part d’Occidentaux qui ne prennent la mesure des tragédies que lorsque celles-ci se déroulent sous leurs fenêtres.

Face à un tel désastre l’enjeu est énorme, devenu pratiquement existentiel. Et bien arrogant celui qui s’aventurerait aujourd’hui à dessiner une solution. Mais elle passe néanmoins par une nécessité absolue: tout faire pour éviter de l’aggraver encore.

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