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Nick Cave, sa légende en deux images

Hypnotique cet été sur la scène du Montreux Jazz, le rockeur australien est célébré cet automne dans le stupéfiant roman graphique du dessinateur allemand Reinhard Kleist

Cela reste l’image la plus forte de l’été des festivals: Nick Cave traversant l’Auditorium Stravinski, haranguant la foule pour finalement la faire asseoir. L’Australien a transformé la grande salle du Montreux Jazz en cathédrale rock, c’était beau, intense, bouleversant, hypnotique et j’en passe. Ses fans comme ceux qui le voyaient pour la première fois ont été émus et groggy, conscients d’avoir assisté là à un grand moment, qui restera dans les déjà très riches annales du festival lémanique.

Sur scène, Nick Cave donne tout, comme si sa vie en dépendait. Sa tournée actuelle, démarrée au lendemain de la sortie de Skeleton Tree en septembre 2016, est d’une intensité jamais atteinte dans sa carrière. On le doit probablement à la mort tragique de son fils l’année précédente, la scène devenant, soir après soir, une sorte de thérapie. Nick Cave ne parle plus à la presse, et c’est bien compréhensible. Il a par contre décidé de répondre aux questions de ses fans. «Vous pouvez me demander n’importe quoi. Il n’y aura pas de modérateur. Ce sera entre vous et moi. Voyons ce qui se passera»: voici l’e-mail qu’il a adressé à sa communauté pour le lancement des Red Hand Files, qui depuis quelques semaines permettent de plonger en profondeur dans l’univers de musicien atypique et volontiers mystérieux, comme on le voyait dans l’étonnant 20 000 Days on Earth, ce documentaire aux atours fictionnels.

Approcher la légende

Lire les Red Hand Files se révèle passionnant pour qui aime la musique de Nick Cave. Le musicien y parle d’absence («il s’agit d’un terrain fertile où la perte et l’amour fusionnent avec la mémoire pour créer des fantômes qui vivent parmi nous») et de création («les idées de paroles sont aussi illusoires que des papillons»), mais aussi de ce qui le connecte à son public et de son chien Nosferatu. Ou l’art de rester envers et contre tout mystérieux. Le dessinateur Reinhard Kleist, comme d’autres avant lui, a voulu approcher l’Australien au plus près. En résulte un stupéfiant roman graphique, Nick Cave – Mercy on me, publié en français par Casterman. Quelque 320 pages pour raconter – et en partie inventer – la légende d’un artiste resté intègre et fidèle à ses racines punk.

L’Allemand, qui s’était jadis attaqué à Johnny Cash, parvient à retranscrire l’énergie des concerts de Nick Cave et à faire entendre sa musique alors même que la bande dessinée est par essence statique et silencieuse. Dans un sens, il repousse les conventions du 9e art, souligne le musicien lui-même. A la page 103, celui-ci dégaine un flingue sur les paroles du Folsom Prison Blues du «Man in Black». Cela reste l’image la plus forte de la rentrée BD.


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