EDITORIAL

Nick Hayek rend service à Baselworld

EDITORIAL. Poussée dans ses retranchements, la foire horlogère doit désormais se réinventer de fond en comble. Le départ de Swatch Group devrait permettre d’accélérer cette transition

Nick Hayek a toujours bien aimé les effets de surprise. En pleines vacances horlogères, le patron de Swatch Group a annoncé que les marques de son conglomérat – premier groupe horloger du monde – ne seraient plus présentes lors de la prochaine édition de Baselworld – première foire horlogère du monde. Dans l’univers de la montre, cette nouvelle a fait l’effet d’une torpille nucléaire.

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Rien de bien neuf, pourtant. Le monde horloger milite depuis des années pour un changement de fond à Baselworld. Pour vendre leurs montres, les marques n’ont en effet plus besoin d’un grand rendez-vous annuel, coûteux et institutionnel. En 2018, elles cherchent au contraire une plateforme de communication ultra-connectée où rencontrer directement clients finaux et collectionneurs. Au bout du Léman, le salon concurrent SIHH l’a compris et s’est adapté.

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Le groupe MCH, propriétaire de Baselworld, s’est en revanche longtemps montré imperméable aux critiques. Et Nick Hayek a fini par se convaincre que les Bâlois ne prendraient pas les décisions qui s’imposaient pour renouveler le rendez-vous horloger. Juillet aura été brûlant. Avertis au début du mois des intentions du groupe biennois, les responsables de la foire ont fait des pieds et des mains pour le convaincre de rester à bord.

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Partie déséquilibrée

La partie de poker s’est révélée déséquilibrée, les organisateurs de Baselworld devant systématiquement consulter plusieurs autres marques exposantes avant de s’engager dans d’éventuelles promesses. Lassé par le manque de courage de ses interlocuteurs, Nick Hayek a claqué la porte. Abasourdi, MCH a mis cinq jours pour digérer cette annonce. Vendredi, son directeur général a démissionné.

Avec le recul, ce remue-ménage estival se révélera peut-être une bonne nouvelle pour la foire horlogère. Car il fallait bien un coup d’assommoir de cette violence pour que MCH prenne la mesure des réformes à entamer. Une nouvelle énergie permettra de mettre les bouchées doubles nécessaires pour faire perdurer ce rendez-vous, capital pour la valorisation de la montre suisse.

Baselworld survivra

Ce d’autant que Baselworld survivra. Comme il l’a fait par le passé. En 1987, le groupe alors baptisé SMH avait quitté une première fois le rendez-vous bâlois. Quatre ans plus tard, le rédacteur en chef de L’Impartial Gil Baillod titrait: «La SMH réintégrera la Foire de Bâle: reste à lui trouver une porte d’entrée.» A deux mots près, le même titre pourra certainement resservir prochainement.

Après les déclarations publiques, les négociations entre Bâle et Swatch Group se poursuivent désormais dans l’ombre. Alors, quand Nick Hayek reviendra-t-il fumer des cigares dans les travées bâloises? Bien malin qui pourrait le dire. Le patron biennois aime toujours bien ménager des effets de surprise.

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