Revue de presse

Nicolas Maduro, la tactique du rouleau compresseur au Venezuela

L’autoritarisme du régime bolivarien en place à Caracas se heurte à une opposition certes divisée, mais de plus en plus ferme. Pendant ce temps, le successeur d’Hugo Chavez tente de sauver les meubles en faisant étalage de sa puissance, comme dans une dictature militaire

Huit pays d’Amérique latine, dont le Brésil et l’Argentine, ont donc apporté dimanche leur soutien à la proposition du pape d’une nouvelle médiation du Vatican dans la crise au Venezuela. Dans l’avion qui le ramenait d’Egypte samedi soir, François a assuré que le Saint-Siège était disposé à intervenir comme «facilitateur». C’est que la situation, avec le président Nicolas Maduro qui affronte la rue en colère est en train de s’aggraver, comme le fait remarquer El Espectador, qu’a traduit Courrier international. Il se déclare ouvert aux propositions du souverain pontife, même si une partie de l’opposition le refuse catégoriquement, selon BBC Mundo.

Le Saint-Père, de son côté, a confirmé «une intervention du Saint-Siège à Caracas» pendant ce vol de retour, dit Radio Vatican: «Suite à une requête déposée par les quatre chefs d’Etat médiateurs dans cette crise, l’intervention a été cependant sans suite, précise le pape, car les propositions ont été diluées ou n’ont pas été acceptées. «Nous connaissons tous la situation difficile du Venezuela, un pays que j’aime beaucoup», dit François, et ajoute qu’une nouvelle tentative de médiation est en cours, bien que le contexte soit délicat et que des oppositions nettes apparaissent. «Tout ce qui peut être fait doit être fait, conclut le souverain pontife, avec les garanties nécessaires».»

Lire aussi: Après l’appel du pape, l’opposition vénézuélienne conditionne le retour au dialogue

Si la dernière «carte maîtresse» de Maduro reste le soutien des Forces armées nationales bolivariennes, le bilan du successeur d’Hugo Chavez s’avère dramatique: il «a été incapable de répondre aux besoins les plus pressants des Vénézuéliens» et n’a cessé «de bafouer les institutions de l’Etat, ses adversaires politiques, la communauté internationale, ainsi qu’un peuple lassé de la pénurie, de l’inflation» (720% en 2016). «Et de la violence», surtout, écrit le quotidien colombien. Situation complexe, que Courrier int' résume en quelques points didactiques en vidéo.

Pendant ce temps, comme l’explique La Croix, «Henrique Capriles, l’un des principaux dirigeants de l’opposition, a cependant écarté l’idée de reprendre le dialogue avec le gouvernement et appelle à manifester ce 1er mai pour marquer le premier mois de la mobilisation» contre le pouvoir en place. Au-delà, indique le quotidien français dans un autre article, si «le pays manque d’approvisionnement en nourriture et en médicaments, la stratégie de l’opposition vise à imposer des élections générales anticipées, et chaque camp mise sur l’épuisement de l’autre». Dans cette optique, tous les moyens sont bons, y compris les plus classiques du pacifisme, comme le montre The Daily Beast:

Mais si seulement le camp de l’opposition était clair! On en est loin, selon Radio France internationale. Cette coalition – la MUD, la Table de l’unité démocratique – n’est pas du tout «une entité homogène». Créée en 2008, elle «est composée de pas moins d’une trentaine de partis, allant de la droite la plus conservatrice à la gauche. On y trouve même d’anciens chavistes et des communistes. Tous ont un objectif commun: mettre fin à la révolution bolivarienne, […] mais ces dernières années, les avis ont souvent divergé» sur le meilleur moyen d’y parvenir. Et le fait que le pape soit entré dans le jeu ne simplifie pas forcément le bras de fer:

Alors faut-il des «manifestations massives», comme cela ne cesse de se produire depuis 2016? Ou un «référendum révocatoire»? La MUD, «désormais majoritaire à l’Assemblée nationale, n’arrive pas à imposer son agenda, le gouvernement verrouillant l’ensemble des institutions vénézuéliennes. Mais depuis début avril, l’opposition anti-chaviste est clairement en position de force. Elle arrive à mobiliser les Vénézuéliens qui descendent massivement dans les rues. Et même les membres de la MUD les plus enclins au dialogue avec le gouvernement se souviennent que la dernière tentative de négociations – déjà sous l’égide du Vatican – a échoué en décembre dernier.»

Notre reportage en mars 2016: Le Venezuela aux portes de la dictature

De belles promesses

Alors, un peu aux abois mais sans se départir de la tactique du rouleau compresseur, «Maduro a fait ce dimanche deux annonces pour tenter de contenir» l’hostilité à son égard. Dans son émission Les Dimanches avec Maduro (visible sur YouTube), «il a promis que les élections régionales qui devaient se tenir en 2016» auront finalement «bien lieu cette année et annoncé une nouvelle hausse du salaire minimum» pour les fonctionnaires, «la troisième depuis le début de l’année», lit-on sur le site d’Euronews. Une mesure qui ne peut conduire qu’au désastre économique et financier, s’il est possible de faire pire encore, aux yeux de CNN.

Les gouverneurs seront «élus une fois que la commission électorale aura terminé le processus de légalisation des partis politiques», précise Radio-Canada, qui cite Reuters. Mais cela ne suffira pas à satisfaire «les demandes de l’opposition, qui […] souhaite que tous les scrutins, notamment la présidentielle prévue en 2018, aient lieu cette année». Ce qui est totalement contraire aux vieux schémas des «plans quinquennaux» remis au goût du jour et soutenus par l'image d'une présidence forte, incarnée par un «petit père des peuples» bolivarien à la moustache très stalinienne.

En attendant ces échéances encore très improbables, un élément frappe en effet les observateurs, celui du culte bolivarien de la personnalité. A Caracas, «nous avons vu un gouvernement semblable à une dictature du style de la Corée du Nord, avec une mise en scène incluant des miliciens armés par le président de la République avec 500 000 fusils», explique l’universitaire Carmen Beatriz Fernandez dans un entretien à Efecto Cocuyo, un des rares sites vénézuéliens qui ose la critique vis-à-vis du gouvernement: «Ils ont fait appel, comme le font les dictatures, à la terreur; ils ont montré le pouvoir du feu et la disposition à l’utiliser contre l’opposition au régime.»

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