revue de Presse

Nicolas Sarkozy et François Hollande font la trêve à Soweto

Nelson Mandela poursuivrait-il post mortem son œuvre réconciliatrice? L’actuel et l’ex-président français se rendront tous deux à ses obsèques ce mardi. Mais sans faire de co-avionage

François Hollande a invité Nicolas Sarkozy à l’accompagner mardi à Johannesburg pour les obsèques de Nelson Mandela! «Certes dans deux avions différents», précise le site de la radio France Inter. Mais c’est tout de même «la première fois qu’on les verra ensemble depuis dix-huit mois». Alors que pendant la campagne et même une fois élu, le président socialiste ne voulait «même pas prononcer son nom, ça lui écorchait la bouche. Il l’appelait, du bout des lèvres, «mon prédécesseur».» On se souvient qu’il ne l’avait même pas raccompagné jusqu’à sa voiture lors de la passation de pouvoirs en mai 2012. «Depuis, on peut dire que l’eau a coulé sous les ponts…»

«Mandela poursuivrait-il post mortem son œuvre réconciliatrice?» ironise ainsi La Voix du Nord. C’est qu’un demi-dieu comme Madiba, ça vous «rapproche», hein?, dit Le Point. D’ailleurs, «Sarko» a «immédiatement accepté, selon son entourage». Il précise que «c’est dans la logique de la Ve République», d’autant plus que l’ex-président français pensait s’y rendre par ses propres moyens. Tant pis pour le glamour, donc. Ils seront bien entourés: «Les deux ex-adversaires de l’élection présidentielle de 2012, qui décolleront lundi soir, se retrouveront «au stade de Soweto avec plus de 50 autres chefs d’Etat», précise Le Parisien.

Républicain ou forcé, le geste?

Afin d’éviter sans doute quelques sourires en coin, «des deux côtés, on minimise aussitôt la portée symbolique de l’invitation», selon RTL, qui dit vouloir «décrypter». Alors que faut-il voir dans ce petit événement? Rien qu’«un geste républicain classique», dit un sarkozyste. Et «un geste «forcé», selon un autre proche de l’ancien chef de l’Etat, qui estime que François Hollande n’avait pas le choix après que Barack Obama [eut] invité George W. Bush», ainsi que Jimmy Carter et Bill Clinton. Evidemment, l’exemple est fort.

«Et le grand gagnant est?» se marre un internaute du site Atlantico: «Celui qui aura serré le plus de mains de hauts dignitaires? Non! Celui qui aura reçu une tape amicale sur l’épaule de la part d’Obama.» C’est dans la même veine que le blog «Réveil des marmottes»: dans deux avions… «Sarko» pourra «y aller en Falcon tous frais payés. Et dire que de mauvaises langues prétendent qu’il n’y a plus de pognon en France.» Selon l’Elysée, en effet, «ils auront chacun leur Falcon». Alors qu’«on aurait pu s’attendre à une union sacrée autour des difficultés que rencontre la France». Mais «comme la France est riche», pourquoi François Hollande n’a-t-il pas «également invité Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing avec chacun leur Falcon?».

L’«exemple de pardon»

Plus sobre, RFI voit là une «manière tout élégante et républicaine d’agir, en période de deuil mondial, mais une démarche pas totalement non plus dénuée d’arrière-pensées politiques». D’un côté, le «rassembleur», posture présidentielle; de l’autre, l’ex qui «ne rêve que d’en découdre à nouveau pour 2017». Conclusion: le premier a peut-être eu beau être «inspiré de Nelson Mandela» qu’il a qualifié «d’exemple de pardon face aux haines», «la trêve sud-africaine et ses belles images d’union nationale ne devraient donc être qu’une courte parenthèse, avant la reprise des hostilités politiques.»

D’ailleurs, il «n’échappe à personne» que ces bonnes manières interviennent «alors que, par coïncidence, la presse nationale publie des articles […] sur le projet de Nicolas Sarkozy de revenir dans le jeu politique à partir de 2015 en créant son propre parti. De quoi exaspérer ses rivaux à droite», observe La République des Pyrénées, sous forme de «quelques graines supplémentaires de zizanie dans le camp adverse». Comme si le président «choisissait déjà son adversaire favori pour 2017 en essayant de neutraliser par petites touches les accusations de sectarisme que le «revenant» rôde déjà à son égard. Bref, un jeu très mitterrandien.»

Deux comiques + un

Sur ces très importantes nouvelles du jour et d’hier, on laissera conclure l’impertinent Grand Soir, «le journal militant d’information alternative»: à côté d’une photo d’un célèbre duo comique, on lit qu’ils se rendront ensemble* en Afrique du Sud mardi pour rendre hommage à Nelson Mandela. «C’est le président Hardy qui a proposé à l’ex-président Laurel de l’accompagner. C’est tout pour aujourd’hui (ça va assez loin, déjà).

* Comme cul et chemise, mais (disait Coluche, troisième comique de ce billet), on ne sait pas qui est la chemise.»

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