Les électeurs français qui se sont déplacés pour voter aux deux tours de l’élection présidentielle de 2012 l’ont fait à l’issue d’une campagne biaisée, que le chef de l’Etat sortant a cherché à fausser. Tel est le constat accablant que l’on peut dresser, à la lecture du jugement et des peines prononcées par le Tribunal correctionnel de Paris, dans l’affaire du financement illégal de cette course à l’Elysée restée dans les mémoires. Nicolas Sarkozy, président sortant et comme tel garant de l’indépendance de la justice, ne s’est pas électoralement battu «à la loyale». Il est apparu «dopé» devant les urnes, multipliant les meetings et crevant le plafond des dépenses. S’il avait été sportif, son titre lui serait aujourd’hui retiré, et son nom ne figurerait peut-être même plus sur les tabelles de la compétition.

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Tous les messages de soutien qui lui ont été apportés jeudi, après sa condamnation à 1 an de prison ferme – il a immédiatement fait appel – doivent être lus et appréciés dans ce contexte. La vérité est que sa formation politique de l’époque, l’UMP (aujourd’hui Les Républicains), s’est retrouvée embarquée dans cette aventure. La réélection de Nicolas Sarkozy était, pour son camp politique, un combat électoral qui justifiait de fermer les yeux sur tous les abus et toutes les entorses à la loi. Difficile, dès lors, de ne pas être étonné, vu de l’étranger, sur ce concert appuyé de remarques favorables et amicales à l’ancien président. La justice française ne mérite-t-elle pas plus d’égards lorsqu’elle se prononce, sur la base d’une enquête ponctuée d’aveux publics et d’un procès? Les magistrats sont-ils si partiaux et anti-Sarkozy qu’ils ont ignoré les faits?

La République sort accablée de ce bras de fer judiciaire. Nicolas Sarkozy, personnalité toujours très influente de la politique hexagonale, n’en finit pas de proclamer que son honneur a été sali, et que la justice le traque, alors que les faits sont là: il y a dix ans, un président sortant a fait l’erreur de croire que sa réélection était assurée, et qu’elle lui permettrait de cacher ce dépassement du plafond légal des dépenses de campagne. Or rien ne s’est passé ainsi. François Hollande, anti-Sarkozy sur tous les plans, a profité de cette cavalcade électorale pour se distinguer et faire valoir son profil de futur «président normal». Le Conseil constitutionnel, ensuite, a refusé de fermer les yeux sur les factures à l’évidence frauduleuses, et le dépassement avéré.

Nicolas Sarkozy a le droit de se défendre par tous les moyens légaux possibles et de crier son innocence. Mais parfois, comme le confia son successeur pour son plus grand malheur politique, «un président ne devrait pas dire ça…»