Signe que «le retour du boxeur», comme l’écrit Le Parisien-Aujourd’hui en France, est un événement qui dépasse largement le cadre hexagonal, la presse internationale aussi a fait veiller tard ses correspondants pour commenter le 3e acte du retour en politique de l’ancien président français, après un message sur sa page Facebook vendredi et une interview au Journal du Dimanche hier aussi. «Sa fausse retraite a pris fin. Avec Sarkozy, le spectacle reprend. Le voilà, à nouveau au combat, déterminé, enthousiaste. Au chevet d’une France à qui il veut rendre de l’espoir, de la force. Il y a du travail. Il a l’énergie, l’envie. Est-ce suffisant? Non» écrit La Libre Belgique qui consacre son éditorial au bouillant Français. Car il est «volontaire, mais fuyant». Ne se mouillant pas sur le mariage homosexuel par exemple.

Dame, faut-il s’attacher au fond, à la forme? Les journalistes sont partagés. Sur le fond, c’est son engagement à combattre l’extrême-droite qui est majoritairement retenu, comme par le Païs espagnol: «L’ancien président rejette la voie de «l’humiliation et l’isolement» dans lequel la France finirait si Marine Le Pen arrivait au pouvoir». «Sarkozy s’engage à reconquérir les électeurs de l’extrême droite un par un, écrit aussi le Financial Times, et à former un nouveau mouvement politique capable de sortir le pays de son malaise». Car «il voit dans la France une menace pour l’Europe», titre Die Welt qui insiste sur l’image «la plus sombre» que l’ancien président a de la France. «Un Sarkozy supposé plus doux et plus gentil s’est embarqué pour une «longue marche» pour regagner l’affection du public», écrit The Times. «Sarkozy est un politicien avec des défauts mais il a quand même la vision dont la France a besoin» estime le quotidien conservateur londonien.

Mais pas facile de ne pas guetter le comportement, les attitudes de l’ex-président qui accompagnaient son discours. «Monsieur blingbling fait son retour sous les feux de la rampe» écrivait la semaine dernière déjà le Spiegel. Alors? «Les électeurs ont vu dimanche soir un Sarkozy «plus sobre et plus réfléchi» reprend le FT, qui cite à l’appui cet aveu de l’ancien président: «J’avais un problème pour déléguer». Mais Sarkozy le combattif était présent aussi, lorsqu’«il serre les poings et accuse en pointant l’index». «Il n’a jamais eu de vrai projet pour la France. Il dit travailler à un nouveau projet. Mais aurait-on pu imaginer Margaret Thatcher revenir en promettant de tout faire autrement?» attaque sévèrement Gaspard Koenig, responsable de Generation libre, un «think tank» parisien libéral à qui le FT a prêté ses colonnes...

«Sarkozy le retour, II, écrit le Guardian. […] Si les téléspectateurs s’étaient attendus à voir un Sarkozy changé, plus sage et moins dans la confrontation, ils ont été déçus», écrit le quotidien de centre gauche, qui raconte comment deux fois «Super Sarko» a demandé à son interrogateur s’il lui prêtait «deux neurones dans le cerveau.» «Il insiste pour dire qu’il a perdu «de peu». Manifestement il confirme que s’il est élu à la tête de l’UMP, cela lui servira de tremplin pour l’élection de 2017», écrit encore le journal britannique. Et en disant qu’il aurait besoin de ses anciens premiers ministres dans le futur, il a donné l’impression que son accession à la tête du parti était déjà un «fait accompli» (en français dans le texte). «A en juger par ses considérations il est toujours aussi arrogant, voire encore plus», commente le site financier en ligne TownhillFinance, qui qualifie l’ancien président de «sauveur de la France autodésigné».

Non, il n’a pas changé. «Un tigre peut-il devenir végétarien», se demande d’ailleurs le TagesAnzeiger, qui dans un long article étudie les chances de revenir de l’ancien président. Elles sont bonnes dans son parti dont il va probablement reprendre la tête car ses alliés se sont déchirés depuis deux ans. Mais le journal doute de sa capacité à réconcilier les Français, même si lui «pense qu’il n’y a pas d’alternative à lui, car la France est une monarchie républicaine […] avec des personnages machos qu’on aime inconditionnellement».

Pourrait-il vraiment revenir? La presse internationale se pose beaucoup de questions sur les affaires, cette série de huit procédures judiciaires dans lesquelles est impliqué à des titres variés Nicolas Sarkozy. Le Tagesanzeiger, toujours lui, revient plus particulièrement sur les dangereuses liaisons libyennes de l’ancien président, sur l’accusation de corruption active auprès de magistrats, ou sur l’affaire Tapie. Et la Frankfurter Allgemeine Zeitung a eu l’excellente idée d’étudier le langage corporel de l’ancien président pendant les questions relatives à ces enquêtes en cours. «C’est toujours étonnant de voir comment un retour anticipé en politique peut gâcher des carrières… On a assisté à une danse sauvage assise» écrit le journaliste, «à la radio vous seriez alarmé par sa voix profonde, calme, honnête. A la télévision c’est autre chose. Le langage de son corps prend le dessus». Et d’analyser les mouvements de son buste, le déplacement sur sa chaise, le regard qui tourne, les muscles du visage qui se tendent – «comme une parodie de Louis de Funes». «On entend que tous les citoyens devraient s’inquiéter d’une justice devenue folle mais on voit l’effroi physique d’un ancien président qui désire se battre ou fuir. Il dit que la patrie des droits de l’homme ne devrait pas tolérer ces pratiques mais la révolte de ses muscles trahit son désespoir».

Mazette. Nicolas Sarkozy devra se réconforter en allant sur les réseaux sociaux. Où les commentaires sur son retour (premier sujet discuté sur Twitter aujourd’hui) sont nettement plus partagés que dans la presse...

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