Opinion

«No Billag»: faits et opinions

OPINION. Le texte de l’initiative condamne sans équivoque, et à très bref délai, le programme actuel de la SSR, même si celle-ci n’est pas mentionnée, écrivent Guillaume Chenevière, Philippe Mottaz, Oswald Sigg, Raymond Vouillamoz, anciens responsables de la RTS

Sous l’influence des réseaux sociaux, la multitude des opinions est en passe de compliquer l’accès aux faits, à l’information véritable.

Une récente étude publiée par la Columbia School of Journalism montre que même les médias de référence ne sont pas irréprochables à cet égard. Les premières pages du New York Times pendant la campagne présidentielle 2016 contenaient une infime proportion d’articles portant sur les programmes respectifs des deux candidats par rapport à une masse de sujets qui, rétrospectivement, se révèlent de bien moindre signification…

Le débat autour de l’initiative «No Billag» illustre un problème similaire. Selon un sondage d’opinion publié le 24 décembre, après plusieurs semaines de vives discussions, seule une faible minorité des personnes interrogées (18%) réalisaient que la victoire du oui les priverait des programmes de la SSR, auxquels, bien que favorables à l’initiative (57%), elles se déclaraient majoritairement attachées (60%).

Le texte de l’initiative condamne pourtant sans équivoque, et à très bref délai (neuf mois), le programme actuel de la SSR, même si celle-ci n’est pas mentionnée. Privée de sa principale source de financement, sans redevance ni subventions, il est impensable que la SSR puisse maintenir une offre comparable à celle qu’elle propose aujourd’hui.

La SSR n’est pas un «média d’Etat»

Comment expliquer que ce fait ne saute pas aux yeux? Nous allions écrire ce fait incontestable, mais non, il est bel et bien contesté par les initiants et le souci d’une information objective conduit les médias à donner à leurs arguments fallacieux une place équivalente à celle accordée aux éléments strictement factuels. La multiplicité des commentaires n’éclaircit pas forcément les termes du débat. Par exemple, quand certains reprochent à la SSR de ne pas mettre sur la table un plan B hypothétique, ils contribuent, même involontairement, à accréditer l’idée que l’initiative n’est pas le couperet définitif qu’elle est en réalité.

Une des grandes forces de la SSR, c’est son indépendance absolue. Jamais à notre connaissance elle n’a été contrainte de céder à une pression politique ou économique quelconque

D’autre part, un aspect factuel de l’initiative qui, lui, n’apparaît pas au premier coup d’œil, devrait être davantage mis en lumière. Le texte biffe l’article constitutionnel qui exige de la radio-télévision de service public qu’elle contribue «au développement culturel des auditeurs et téléspectateurs, à la libre formation de leur opinion et à leur divertissement». Ce faisant, il n’élimine pas un «média d’Etat», comme la NNZ a cru devoir le qualifier, mais un service public indépendant, placé sous le contrôle direct des citoyennes et des citoyens au travers de sociétés cantonales ouvertes à tous.

Une des grandes forces de la SSR, c’est son indépendance absolue. Jamais à notre connaissance elle n’a été contrainte de céder à une pression politique ou économique quelconque. C’est là un atout non seulement à proclamer, mais à protéger. La transformation de la redevance en taxe a semé la confusion: pourquoi pas l’impôt, plus équitable, entend-on dire souvent? La réponse est évidente: parce qu’une SSR financée par l’impôt dépendrait du gouvernement. Cette dépendance serait pire encore avec un régime de subventions accordées à des programmes spécifiques, comme le proposent certains défenseurs de l’initiative! Observons que déjà la nouvelle concession, récemment mise en consultation par le DETEC, prévoit un contrôle étatique de la manière dont la SSR répartit ses ressources! Ce serait un comble que, même si «No Billag» est rejetée, la victime collatérale d’une initiative prétendument libertaire soit l’indépendance de la SSR!

Les deux questions qui comptent

Espérons que le débat autour de «No Billag» finira par amener citoyennes et citoyens à se poser deux questions: est-ce que je souhaite le maintien des programmes de la SSR? Est-ce que la Suisse peut se passer d’un média national qui, en toute indépendance, donne accès à chacun et à chacune aux dimensions multiples de notre pays, ainsi qu’aux faits et à la connaissance nécessaires à l’exercice de notre démocratie directe?

Si l’on répond négativement à ces deux questions, la cause est entendue. Mais un oui, même timide, à l’une d’entre elles, implique de voter non à «No Billag».

Toutes les autres questions – faut-il baisser la redevance? se passer de la publicité? améliorer la qualité des programmes? en réduire la quantité? réévaluer la manière dont la SSR remplit son mandat? – peuvent et doivent faire l’objet d’un débat public permanent (voir notre site consacré à nos propositions), mais pour qu’il ait un sens, il ne faut pas tuer la poule aux œufs d’or!


Une opinion d'un membre du comité d’initiative: L'apocalypse est proche: nous voterons sur «No Billag»!

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