Malgré la 2G, malgré les clashs des «pro» et des «anti», ils résistent. Sapins, vitrines, guirlandes se donnent en spectacle grandiose et épileptique. Plus que quatre jours avant Noël – et autant pour boucler vos emplettes, navrée du rappel. A ce propos, j’ouvre ici le débat: doit-on encore recevoir des cadeaux de ses oncles et marraines quand on atteint la trentaine? La question semble futile mais a agité mes groupes WhatsApp familiaux. Parce qu’à 30 ans, on a quitté pour de bon la table des enfants. A 30 ans, Noël a changé et l’Avent a comme un petit goût… d’après.

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Attention, le basculement est subtil, distillé dans le temps. Ça commence par l’envol du nid, qui sonne la fin des décorations en famille, des boîtes de santons qu’on remonte religieusement de la cave pour composer la même crèche bancale. A la place, on convoque tant bien que mal un peu d’esprit festif dans nos deux-pièces, cédant à la tentation bobo des sapins en pot ou en bois flotté. Avouons que l’effet n’est plus tout à fait le même.

Bientôt les cadeaux, autrefois sources d’ébullition, nous inspirent un mélange de plénitude insoupçonnée devant un paquet bien fait et de… panique, charge mentale dans un mois de décembre aux airs de centrifugeuse. La fête elle-même change aussi, dans cet étrange espace-temps où les enfants sont grands, et n’en ont pas encore. Plus de cris dans le salon, plus de poésies ou de violons et, parfois, plus de grands-parents. Eux qui, on le réalise, jouaient les liants, tuteurs d’un arbre dont les branches prennent des directions différentes.

Polaroïd nostalgique

Qu’est-ce que Noël quand on vieillit? Dans un court essai publié en 1851, Dickens se pose la même question que moi. Avec regret, l’auteur évoque l’émerveillement de la jeunesse («quand Noël entourait l’entier de notre monde limité comme un anneau magique, et que nous ne manquions de rien ou n’aspirions à rien d’autre») mais aussi tous les êtres disparus – lui qui vient de perdre son père et sa fille. Dickens finit par les inviter autour du feu et nous inviter nous, adultes, à voir Noël comme une fête d’optimisme, d’espoir et de réconciliation. Avec les autres mais aussi avec le passage du temps.

Il a raison. Ce n’est qu’un jour dans l’année, mais peut-être pour cette même raison, Noël cristallise le changement – comme un polaroïd, un pointage sur une frise chronologique. Le changement des dynamiques familiales mais aussi celui de nos propres existences. On peut bien sûr noyer sa nostalgie dans la bûche ou les bulles. Mais comme Dickens, j’apprends à accueillir ces transitions. Et à savourer l’immuable. Le 25 au matin, j’ouvre toujours mes cadeaux en pyjama.


Précédentes chroniques «La vie à 30 ans»:

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