Du bout du lac

Son nom est personne

Avec son caractère provocateur et bien trempé, Carlos Medeiros ne cesse d’ébranler le monde politique genevois

Jusqu’ici, Carlos Medeiros était une curiosité. Exemple de réussite pour toute une communauté, le fidèle lieutenant d’Eric Stauffer pouvait se targuer d’avoir accompli quelque chose: arrivé à Genève en 1987 de son Portugal natal, il devenait, en juin dernier, premier citoyen de la ville. Et ce, deux ans après avoir été élu au parlement cantonal, sous les couleurs du MCG.

Roublard et gouailleur, le saisonnier promu notable incarnait à lui tout seul l’un de ces nombreux petits miracles helvétiques. En l’occurrence, la possibilité offerte à celui qui n’est personne de devenir quelqu’un. Quelqu’un de clivant, pour donner dans la novlangue, mais quelqu’un quand même. On pouvait le moquer pour ses costumes en aluminium, déceler dans son amour du cigare et des piscines de champagne d’autres moteurs que la stricte défense des éclopés de la globalisation, mais il fallait bien l’admettre: Carlos Medeiros avait gagné sa place au soleil de la politique genevoise.

Porté par des légions d’aficionados, tracté par son mentor, légitimé par les urnes, ce sympathique Berlusconi de province a logiquement pensé que tout était permis. Qu’il n’aurait jamais plus de compte à rendre. Il se trompait. Aujourd’hui, même s’il ne l’a pas encore compris, la belle histoire prend l’eau.

L’élu a déjà frisé la correctionnelle en janvier dernier. Un appel aux armes publié sur Facebook et des insultes à l’endroit d’autres élus lui avaient valu un petit avertissement. Ni démission contrainte, ni excuses forcées, mais une invitation à la retenue, formulée par le Conseil d’Etat. Malheureusement, Carlos Medeiros s’est assis dessus.

Pire: comme un très mauvais conducteur à l’abri d’un trop gros 4x4, Carlos Medeiros vient de récidiver. Sur Facebook toujours, se félicitant de la condamnation d’un jeune journaliste du crû dans une affaire qui n’a rien à voir avec notre propos, le président du Conseil municipal, élu au Grand conseil, s’est fendu du commentaire suivant: «Feu sur ce connard!». Et de rajouter: «Feu à volonté!». Oui, vous avez bien lu.

Carlos Medeiros devra-t-il répondre de ces propos devant ses pairs ou la justice? Peut-être. Mais après tout peu importe: dans dix jours, à l’issue de son mandat de président, il quittera le Conseil municipal, a-t-il déjà annoncé. Pour devenir quoi? Un député cantonal à la dérive, sans parti, vociférant à l’envi sur internet. C’est-à-dire personne. Comme pour boucler la boucle.

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