Opinion

Pour le Nomes, l’isolement de la Suisse n’est pas acceptable

OPINION. Face à la dangerosité du monde qui s’accroît, la relance de l’intégration de la Suisse dans l’UE n’est plus une option, mais une urgence, explique François Cherix, coprésident du Nomes

Aujourd’hui, les démocraties affrontent des tempêtes existentielles. Le populisme attaque les institutions, favorisant le retour de régimes autoritaires. Le primat de la force sur le droit menace l’ordre international, y compris en Suisse où l’initiative dite «d’autodétermination» remet en cause les traités signés. Dans ce contexte dangereux, l’Union européenne constitue un espace de liberté et de prospérité qui doit être défendu. Or, située au cœur de cette organisation dont elle partage les valeurs, la Suisse paraît figée. Sans cap, sans stratégie, sans convictions claires ni volonté politique, elle flotte dans le déni et l’indécision, incapable de prendre en main son destin européen.

Pour le Nouveau mouvement européen suisse (Nomes), ce marasme n’est plus acceptable. Vingt ans après sa création, il publie sa Feuille de route 2018, dont les points centraux sont les suivants. Premièrement, la conclusion d’un accord institutionnel sécurisant l’accès au marché européen et les coopérations existantes est une priorité. En concertation avec les partenaires sociaux, les négociations doivent donc être intensifiées. Grave, un échec serait synonyme de marginalisation.

Rouvrir le débat sur l’adhésion

Deuxièmement, il est temps de rouvrir le débat sur l’adhésion. En effet, si un accord institutionnel s’avérait impossible ou insatisfaisant, l’intégration complète dans l’UE devrait alors être envisagée pour éviter un isolement intenable. De plus, à terme, seule une Suisse membre de plein droit de l’UE renforcera sa souveraineté réelle. Autrement dit, un accord institutionnel ne saurait constituer qu’une étape sur le chemin de l’intégration. Dans cette optique, le Nomes demande au Conseil fédéral de requalifier l’adhésion à l’UE de simple option à alternative crédible dans le cadre de sa stratégie de politique étrangère. De même, il propose que la Confédération évalue de manière sérieuse les conséquences pour la Suisse d’une adhésion à l’UE. Enfin, il appelle les partis et la société suisse à rompre le silence qui entoure l’adhésion. Improductive, cette omerta tend à devenir ridicule. Pourquoi le pays du débat citoyen n’oserait-il pas aborder l’un de ceux qui l’interrogent le plus?

Depuis le refus de l’EEE, la Suisse tourne en rond. A chaque pas en direction de l’Europe correspond une reculade

Toujours au plan politique, le Nomes appelle la Suisse à choisir son camp. Alors que le nationalisme et le multilatéralisme s’affrontent, la passivité n’est plus de mise. Pourtant, la Suisse se comporte comme si elle était située hors de l’UE, indépendante de sa trajectoire. Elle agit comme si la seule attitude pertinente à son égard était d’en tirer profit. Or, le succès d’une Suisse au cœur de l’Europe dépend fortement de celui de l’UE. Il est donc essentiel que la Confédération contribue à sa réussite. Profondément européenne, la Suisse a un devoir de solidarité vis-à-vis de l’UE, particulièrement dans une époque où ses valeurs sont attaquées.

Lutter contre la désinformation

Enfin, la Feuille de route 2018 formule une série de propositions sociétales visant à stimuler le débat européen. Ainsi, le Nomes demande que la Confédération développe une politique d’information soutenant le multilatéralisme et montrant l’importance d’une Europe intégrée. Cet effort de conscientisation doit être effectué dans la durée et sous des angles plus vastes que le seul profit économique, grâce à une communication soutenue par des crédits pérennes. Simultanément, le Nomes propose au parlement d’étudier les mesures permettant de donner la compétence et les moyens à la Confédération de lutter contre les fakes news, la désinformation et le complotisme.

Depuis le refus de l’EEE, la Suisse tourne en rond. A chaque pas en direction de l’Europe correspond une reculade. Face à la dangerosité du monde qui s’accroît, cette éternelle procrastination devient insensée. Pour la Suisse, la relance de l’intégration n’est plus une option, mais une urgence.

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