Débat

Non à «Economie verte» car la Suisse a tout à y perdre

Pour le président d’economiesuisse Heinz Karrer, les entreprises suisses ont déjà pris le virage d’une économie verte. Mais l’initiative du parti écologiste, «c’est tout autre chose»: sa mise en œuvre provoquerait un séisme économique

Soyons clairs: l’économie n’est pas opposée à l’économie verte. Bien au contraire, elle soutient, depuis plusieurs années, les efforts conjoints réalisés par les milieux économiques, scientifiques et sociétaux dans ce domaine. Le Conseil fédéral a fixé un cadre basé sur des mesures volontaires qui permettent d’encourager le progrès technique, à travers la capacité d’innovation et de créativité des entrepreneurs suisses.

Notre gouvernement a ainsi par exemple approuvé en 2013 un plan d’actions comprenant 27 mesures pour une économie verte, afin de rendre les modes de production et de consommation moins gourmands en ressources. Et cela fonctionne, comme le démontrent les différents rapports produits par l’administration.

La Suisse est l’un des pays qui utilise le mieux les ressources

Force est de constater que de très nombreuses entreprises suisses mettent déjà en œuvre les principes prônés par l’initiative des Verts: économie circulaire, respect de l’environnement, consommation responsable des ressources. Il est d’ailleurs dans leur intérêt de diminuer la consommation de ressources, de recycler et d’éviter le gaspillage, pour diminuer les coûts de production. Ce n’est pas un hasard si la Suisse est l’un des pays qui utilise le plus efficacement les ressources et l’énergie, selon diverses organisations européennes ou mondiales.

Mais l’initiative des Verts, c’est tout autre chose. Comme l’indique le gouvernement, l’objectif figurant dans l’initiative implique de diviser au moins par trois la consommation des Suisses d’ici 2050; il nécessiterait «l’instauration de mesures urgentes et drastiques au niveau économique et de restrictions au niveau de la consommation», selon les dires du Conseil fédéral. De quoi provoquer un vrai séisme économique.

Nous devrions tailler dans le vif

Pour y arriver, il ne suffira pas de trier le compost ou d’étendre la lumière de la salle de bains. Nous devrions tailler dans le vif, en acceptant de produire et de gagner beaucoup moins. L’initiative permet ainsi à l’État de prendre des mesures fiscales, de réglementer les processus de production et la commercialisation de produits. Il devra imposer des mesures incisives, sans se soucier de leur rentabilité pour les entreprises.

La hausse des coûts qui en résultera mettra en péril de nombreuses branches et provoquera de fortes et durables pertes d’emplois. L’industrie sera particulièrement touchée, en particulier celle qui a besoin de beaucoup de matières premières ou d’énergie, comme la chimie ou l’industrie des machines, qui compte plusieurs dizaines de milliers d’emplois en Suisse.

La consommation serait également fortement mise à mal par l’initiative, exerçant ainsi une autre pression récessionniste sur l’économie. Les prix des biens et des services augmenteront sensiblement pour les consommateurs, suite à l’introduction de fortes taxes et de nouvelles réglementations très restrictives.

L’environnement n’en profitera nullement

En outre, les autorités devraient prendre des mesures protectionnistes, en limitant ou interdisant par exemple l’importation de certains produits. Selon le Conseil fédéral, il faudra par exemple renoncer aux combustibles fossiles ou taxer les métaux. Cela mettra la Suisse en porte-à-faux avec les règles du commerce international, alors que notre pays tire une part importante de sa prospérité des échanges internationaux.

Est-ce que l’environnement bénéficiera de ces sacrifices? Nullement. La Suisse sera le seul pays du monde à infliger un tel traitement à sa population. La production perdue sera simplement récupérée par d’autres, avec un effet nul sur la consommation globale de ressources ou sur l’environnement.

Quant aux consommateurs, ils seront encore plus incités à acheter outre-frontière, pour éviter de payer des prix astronomiques. Là aussi, l’environnement n’y gagnera rien. L’initiative des Verts est contre-productive sur toute la ligne. Elle n’a rien à voir avec le développement d’une économie plus durable – bien présente en Suisse depuis de nombreuses années – mais enclenche un processus de décroissance.

La Suisse a tout à y perdre et l’environnement rien à gagner. Sous de faux airs d’attitude responsable, cette initiative veut en réalité imposer à la Suisse un vrai programme de décroissance.

Lire aussi la tribune de Béatrice Métraux: «Economie verte: magnifique opportunité pour la qualité de vie et la compétitivité des entreprises»


Heinz Karrer est président d’economiesuisse, l’organisation faîtière des grandes entreprises.

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