Opinion

Non à l’interdiction du voile à l’école, «une mesure islamophobe»

L’interdiction du voile à l’école est contraire à la mission d’intégration dévolue à l’institution scolaire, plaide Maimouna Mayoraz, membre du collectif VIVE qui s’est créé en réaction à la récente initiative de l’UDC du Valais romand pour bannir le voile des bancs de l'école

Le Collectif VIVE est né d’un sentiment de révolte face à l’initiative «Pour des élèves têtes nues à l’école valaisanne», lancée par l’UDC Valais romand. Nous, citoyen.ne.s issu.e.es de différents milieux et organisations, nous sommes engagé.e.s pour rappeler que le droit à l’éducation est inaliénable. Interdire le port du voile à l’école est une mesure islamophobe, qui sape l’égalité entre les femmes et les hommes en ostracisant les écolières musulmanes.

L’argument selon lequel l’interdiction du port du voile à l’école est une mesure pour les droits et les libertés des femmes est mensonger. En le réduisant à un symbole de soumission, les partisan.e.s de ce type de mesure nient la faculté des femmes et des jeunes filles de faire leurs propres choix et les réduisent à des êtres essentiellement soumis.

La stigmatisation et l’exclusion n’ont jamais libéré personne

Cette vision passe complètement sous silence le fait que de nombreuses femmes voilées s’engagent pour plus de justice, luttent pour leurs droits et ont des projets ambitieux pour elles-mêmes. En tant que féministes, nous rappelons que la stigmatisation et l’exclusion n’ont jamais libéré personne. La priorité est de soutenir les femmes dans leurs choix et de promouvoir l’égalité dans les faits. Ceci se concrétise, notamment, en donnant à tou.te.s les mêmes chances d’accéder à une éducation de qualité.

En matière d’éducation, l’intérêt supérieur de l’enfant doit primer dans toutes les décisions le concernant. Instaurer une interdiction du port du voile nous paraît, dans tous les cas, contrevenir à cet intérêt. Il s’agit d’une pratique discriminante et excluante à l’encontre des filles musulmanes. En effet, chaque élève devrait pouvoir suivre l’instruction dispensée par les écoles publiques, sans préjudice ni heurt à sa liberté de croyance. Ceci a d’ailleurs été confirmé par le Tribunal fédéral, qui a considéré, en décembre 2015, que cela contreviendrait aux buts d’intégration de l’école et à la liberté religieuse, sans que cela ne soit justifié par la nécessité de protéger d’autres intérêts prépondérants. En effet, le voile n’empêche ni le bon déroulement des enseignements, ni les relations entre élèves, et surtout, ne porte atteinte à aucun des droits fondamentaux d’autrui.

Chaque élève doit pouvoir se sentir à sa place à l’école

La diversité culturelle et sociale est une réalité qui ne peut être niée et il est important que chaque élève puisse se sentir à sa place à l’école. Ainsi, le rôle que joue celle-ci dans la cohésion sociale est fondamental: c’est le lieu de l’apprentissage du vivre ensemble par excellence. C’est donc son devoir de transmettre aux élèves des compétences pour agir dans un monde qui change. Pour ce faire, nous ne devons pas laisser l’islamophobie ambiante instaurer un traitement différencié entre les élèves.

Il est bien entendu des cas où le port du voile est imposé à l’élève, sans prise en compte de sa volonté. Comme pour tout autre problème familial identifié par le corps enseignant, il s’agit avant tout de renouer le dialogue avec les parents et l’entourage, afin de créer un environnement sain pour l’élève concernée et lui fournir un accompagnement qui lui permette de se réaliser individuellement et socialement. Et ce, au même titre que tous les autres élèves non-voilé-e-s qui rencontrent des problèmes familiaux.

En résumé, il nous semble inacceptable d’instaurer un climat de différenciation à l’encontre de certaines jeunes filles. En les pointant du doigt de la sorte, c’est leur légitimité à être sur les bancs de l’école qui est remise en question. L’école publique est le lieu central du vivre ensemble et doit rester une institution à visée intégrative promouvant l’apprentissage, l’autonomisation et l’émancipation de chacun.e, et non pas un lieu de marginalisation.

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