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Station de Leysin, 28 décembre 2015.
© FABRICE COFFRINI

Lettre ouverte

Non Monsieur Pont, le réchauffement climatique n’est pas une fumisterie!

OPINION. Fin décembre, l’historien Jean-Claude Pont publiait un livre pour dénoncer les thèses du réchauffement climatique. Comme ses collègues du Conseil général de Sierre, le géographe Jérémy Savioz était invité à le lire. Il choisit l’exercice de la lettre ouverte pour répondre au professeur à la retraite

Cher Jean-Claude Pont,

J’ai reçu, comme tous les conseillers généraux sierrois, une invitation à acheter votre livre Le vrai, le faux et l’incertain dans les thèses du réchauffement climatique. Un livre qui affirme, sur la base de documents prétendument irrécusables, que le réchauffement climatique ne serait qu’une vaste fumisterie créée de toutes pièces par le lobby écologiste, manipulant les médias et la population à grands coups de mensonges et de chiffres falsifiés. La quatrième de couverture met le lecteur en garde contre l’«extrémisme vert» et les prédictions du GIEC, qui ne vaudraient pas mieux que celles de l’astrologie ou de Nostradamus. Vous vous posez ainsi en climatologue autoproclamé, rejetant d’un revers de manche un consensus scientifique qui a donné lieu, en 2017, à une déclaration cosignée par 15 000 chercheurs spécialisés dans ce domaine. Mais intéressons-nous au fond.

«Le climat a toujours connu des variations!» Vous avez raison. Les températures de notre planète ont connu des évolutions parfois importantes. Le Programme glaciaire européen en Antarctique (EPICA) effectue des carottages de glace permettant de retracer le paléoclimat au cours des 740 000 dernières années. Il nous apprend que les températures actuelles dépassent toutes les valeurs enregistrées depuis cent mille ans et qu’il faut remonter au dernier cycle interglaciaire pour trouver des températures plus chaudes qu’aujourd’hui. Celui-ci a mis des milliers d’années à se mettre en place, tandis que le réchauffement actuel est vieux d’un peu plus d’un siècle seulement. Le taux de CO2, lui, n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui. D’autres études mettent en évidence de brèves phases de réchauffement récentes, notamment l’«optimum médiéval» vers 900–1300. Cette période a certes permis la culture de la vigne en Angleterre, mais n’a concerné que l’Europe de l’Ouest et les travaux de reconstruction des températures s’accordent à dire que celles-ci n’étaient pas aussi chaudes que celles que nous connaissons en ce début de XXIe siècle. Contrairement à ce qui est parfois raconté, nos cols alpins étaient bel et bien recouverts de glace à cette époque-là.

Multiples imprécisions

Je pourrais m’arrêter sur une multitude d’autres imprécisions, le risque de nous enfermer dans un dialogue de sourds n’en vaut pas la chandelle. Bien sûr, votre point de vue est infiniment plus séduisant que le mien. Il déculpabilise et déresponsabilise l’être humain, tandis que je m’efforce de faire passer un message souvent perçu comme moralisateur ou liberticide.

La grande différence entre vous et moi, c’est que votre génération ne sera plus là dans trente ans pour supporter ce que la mienne commence déjà à subir: la fonte du permafrost

Comme vous, Monsieur Pont, je me méfie des vérités toutes faites. A une différence près: le cas qui nous concerne ici ne se limite pas qu’à un débat de société ou à une querelle d’experts, sans incidence sociétale. Derrière la bataille des chiffres se trouvent des êtres humains directement affectés par un processus que vous vous efforcez de nier. L’augmentation du niveau des océans n’est pas une hypothèse mais un fait, indéniable (environ 20 cm depuis 1900), qui menace les zones côtières et provoque déjà le déplacement de millions de réfugiés climatiques. Ignorant ces «externalités», vous préférez conclure votre ouvrage par un chapitre «A qui profite le crime?» pointant du doigt les lobbys du renouvelable tirant parti de l’abandon des énergies fossiles. Je ne m’étonne guère que vous ne citiez pas les grands groupes pétroliers qui, infiniment plus puissants et avec la bénédiction du président américain actuel, financent des «contre-études» climatosceptiques dont certaines se retrouvent dans votre bibliographie.

Malhonnêteté intellectuelle

Monsieur Pont, vous êtes un brillant mathématicien, un historien reconnu, un de ces passionnés de montagne tels que je les admire. Votre vie est peut-être faite de grands accomplissements, votre dernier combat n’est pas crédible. Bien sûr, vous ne portez pas les milieux écologistes dans votre cœur et je sais que dans la vallée qui vous a vu naître, les rapports entretenus avec les organisations environnementales sont parfois tendus. Mais cela ne devrait pas faire sombrer le scientifique que vous êtes dans la malhonnêteté intellectuelle.

La grande différence entre vous et moi, c’est que votre génération ne sera plus là dans trente ans pour supporter ce que la mienne commence déjà à subir: fonte du permafrost déstabilisant les infrastructures de montagne, recrudescence d’événements météorologiques extrêmes, records de chaleur, recul des glaciers, etc. Plutôt que de vous faire le porte-parole des théories complotistes et des arguments de bistrot, je préférerais que vous consacriez votre temps et vos connaissances à la recherche de solutions. Pour qu’un jour nous puissions toutes et tous nous mettre d’accord sur une seule nécessité, celle de préserver notre humanité.

Avec mes meilleures salutations.

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