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Des affiches de campagne à Genève. Un succès pour les opposants à l’initiative, malgré le coût de la redevance.
© Denis Balibouse/Reuters

Revue de presse

Le non à «No Billag» n’est pas un blanc-seing pour la SSR, estiment les médias

Malgré la victoire des opposants à «No Billag», l’heure n’est pas au triomphe pour la grande maison, qui doit absolument faire des économies, se réformer et s’adapter aux nouveaux modes de consommation, juge la presse. Car la télévision et la radio linéaires ont vécu

L’histoire en marche? Il y aura un avant –et un après– «No Billag», assurent les médias, au lendemain de ce dimanche de votation fédérale où les Suisses ont dit oui à 71,6% au financement d’un service public fort. Chiffre éloquent quant à l’attachement à une institution seule capable de pouvoir garantir «le subtil équilibre» d’un marché éclaté «en quatre langues, quatre cultures et particularismes régionaux et locaux», estime Arcinfo, dans le canton de Neuchâtel. Mais à vrai dire, «le débat sur la mission de la SSR […] ne fait que commencer, et la presse écrite veut en être: «La révolution médiatique» de tous les médias, «est inéluctable» («kommt sowieso») avertit la Basler Zeitung


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Un marché si restreint et si éclaté comme celui de la Suisse ne peut «tout simplement pas financer autrement un média audiovisuel de qualité», complète la Tribune de Genève, qui y voit «un plébiscite pour l’information». Cependant, d’un point de vue plus romand et même presque authentiquement genevois, «dans les locaux de la RTS, l’heure n’est pas seulement à l’autocongratulation»: «Ce 4 mars marque une rupture. Si le peuple a renoncé à tuer la SSR, ce n’est pas pour la conserver telle quelle. Elle doit, et cela dès aujourd’hui, se réformer en profondeur, s’adapter aux nouveaux modes de consommation de l’information – la télévision linéaire est morte – se recentrer sur son offre originale à moindre coût.» De fait, la «série de mesures d’économie et de reconfigurations» déjà annoncée par Gilles Marchand va «dans la bonne direction». Mais attention, prévient la TdG, «encore faut-il les mettre en œuvre».

Même si «une majorité sans équivoque a constaté que la SSR était indispensable à la formation d’opinion, à la diversité linguistique, à la cohésion nationale», souligne pour sa part le Blick, le quotidien zurichois insiste aussi sur le fait que «ces promesses» doivent être tenues, Ce, d’autant que les Suisses se sont prononcés pour une «information de qualité, vecteur indispensable au bon fonctionnement de la démocratie», écrit Le Quotidien jurassien. Donc, «no excès», titre-t-il avec son trait d’esprit habituel, car «le peuple suisse n’aime ni l’excès ni l’extrême. Raisonnable, il a rejeté l’ultralibérale et destructrice initiative […]. Peinant à imaginer ce que serait le paysage médiatique audiovisuel helvétique sans aide financière de la Confédération, les citoyens ont préféré jouer la prudence qu’avec le feu. Tant mieux pour la solidarité confédérale!» Et tant mieux pour un Alain Rebetez qui s’apprête à quitter la RTS, mais dont l’émotion est palpable:

Cela dit, «les partisans du oui, c’est-à-dire de la suppression de la redevance, ne repartent pas bredouilles pour autant, selon Le Figaro. D’abord, parce que le oui a fait la course en tête pendant longtemps, faisant transpirer à grosses gouttes les 13 500 employés directs et indirects de la SSR […], avant que de nombreux artistes et acteurs du secteur culturel ne se mobilisent et participent à ce complet revirement de situation.» Ces employés «peuvent souffler», aux yeux d’Euronews. Et puis, «grâce à cette initiative, la SSR est désormais mûre et prête à se limiter elle-même», assure de son côté le Tages-Anzeiger. Le mot d’ordre du Tagi? «Ja zur SRG, ja zum Wandel» («Oui à la SSR, oui au changement»): la grande maison «doit être redimensionnée», les signaux donnés dimanche à ce propos sont «très clairs».

Mais alors, grave question qui est sur toutes les lèvres et au bout de toutes les plumes, comment la mener, cette transformation? Pour l’Aargauer Zeitung, il faut d’abord couper dans le financement, ce qui permettra automatiquement d’obtenir une définition plus précise du mandat. Une position inverse de celle de la Neue Zürcher Zeitung, pour laquelle il est primordial de définir d’abord le mandat de prestations avant de toucher à la redevance. Mais ce «non» massif n’est pour elle pas un blanc-seing; il offre l’occasion de «procéder aux réformes nécessaires» après «le soupir de soulagement» qui a suivi «cette discussion politique violente sur l’ensemble des médias». Alors, si «la question est désormais tranchée par les citoyens eux-mêmes, pour autant, le débat est-il vraiment clos?» Non, répond aussi France Culture dans sa propre revue de presse.

Les médias, on le voit, en appellent à une réflexion approfondie du contexte médiatique actuel. «La diversité des titres est mise à mal, les journaux ferment, fusionnent et peinent à assumer leur rôle en matière de débat démocratique. Ne parlons même pas de l’Agence télégraphique suisse, en crise profonde», détaille Le Courrier dans «Yes Billag». Sur ce plan-là, il y a eu pas mal de mauvaise foi dans les arguments de campagne et les réactions après le résultat cinglant de dimanche, qui n’a pas aidé à un débat dépassionné:

Pour le quotidien genevois, ce vote ne doit cependant «pas faire illusion, pour deux raisons au moins»: «Tout d’abord, les milieux les plus réactionnaires vont revenir à la charge. Qui avec une redevance revue à la baisse, qui avec de brillantes idées pour récupérer une partie du pactole au profit d’opérateurs et d’éditeurs du privé, par exemple en contingentant la publicité après 22h. Et la SSR n’est pas à l’abri des critiques: salaire de ministres servis à ses administrateurs et à ses cadres ou politique éditoriale tendant à défendre une vision servant les grands partis au détriment de la société civile: les raisons du mécontentement sont réelles.» Même si les Suisses de l’étranger, par exemple, ont voté encore plus massivement contre «No Billag», signe intangible de leur attachement à cette courroie de transmission avec la terre natale:

Et La Liberté de relever – encore et encore – qu'«il ne saurait être question de se contenter du statu quo, car il n’y a pas de démocratie sans diversité de l’information». Le quotidien fribourgeois use de ces deux formules parlantes: «La SSR gagne, mais elle reste sur le gril»; elle a gagné «une bataille, mais pas la guerre». L’initiative a remis sur le devant de la scène «la cohésion de proximité jouée par des médias indépendants», estime également 24 heures. «Le débat sur l’aide directe ou indirecte à la presse doit se mener en regard de l’indépendance nécessaire au contre-pouvoir», argue le journal vaudois. En attendant, «cette initiative d’une bêtise rare quant à son modèle d’application aura remis sur le tapis l’information de cohésion nationale, mais aussi celle de proximité jouée» par les médias. «Ce oui est exigeant pour tous ceux qui portent la démocratie dans leur cœur. […] La SSR va se conformer à son mandat et cesser de vouloir élargir son gâteau publicitaire à tous crins.»

Alors, «au travail!» demande Le Matin, car la SSR se trouve «plus que jamais sur la sellette». Elle «ne sort pas indemne d’une expérience où, avant les sondages fiables des dernières semaines, elle a bien cru que sa dernière heure était venue. Une cure d’amaigrissement va lui être imposée, sans doute violente. C’est le premier effet «No Billag».» Elle doit se poser les questions suivantes, pour le quotidien orange: «Qu’est-ce que le service public? […] Que veut le public, au sens du type de contenu mais aussi de ce qu’il est prêt à payer et à qui pour s’informer et se divertir, dans un mode de consommation numérisé qui a fait exploser le concept de grille de programme?»

Plus précisément, dit le commentaire du Nouvelliste, il va s’agir pour la SSR de «repenser ses productions et probablement son périmètre d’action». Le quotidien valaisan «pense notamment à l’achat, puis à la diffusion de toutes sortes de séries américaines ou françaises aujourd’hui disponibles gratuitement sur le Net». Mais «ils s’en sont sauvés pour cette fois», lance Pierre Barrette, professeur à l’Ecole des médias de l’Université du Québec à Montréal, dans Le Devoir. A son avis, «mettre fin à la télévision publique serait une erreur. […] Si on envoie tout ça au privé, c’est la loi unique des cotes d’écoute qui va régner, elle est déjà bien trop présente. Le référendum suisse n’est que le reflet de la situation en Europe et dans les pays occidentaux, où le modèle de télévision traditionnel est voué à une transformation radicale», croit le professeur.

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