Pourquoi faut-il toujours, en France, vouloir tirer des leçons nationales d’un scrutin supposé local, où l’enracinement territorial des candidats pèse de tout son poids? Cette question n’a pas d’autre réponse que la centralisation du pays, et le fait qu’à moins d’un an de la prochaine présidentielle en avril-mai 2022, tous les regards sont déjà tournés vers l’Elysée. Quitte à saturer l’opinion de conjectures et de sondages.

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Dommage. Car il y aurait beaucoup à dire, hors de la compétition future entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen et leurs adversaires potentiels, sur ce premier tour des régionales et des départementales marqué par le retour de la droite traditionnelle, le trou d’air du Rassemblement national, et l’incapacité de la majorité présidentielle à s’installer comme un mouvement majeur de la vie politique hexagonale.

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Un premier enseignement, éludé dans les médias français, est la défiance exprimée par les électeurs sur l’importance de ces collectivités locales, et sur la signification d’une alternance politique à leur tête. L’idée, peu ou prou ancrée, est que les régions – redécoupées à la hussarde en 2015 avec des amalgames peu populaires entre des territoires très disparates – sont avant tout des machines à dépenser l’argent public et les subventions européennes. La victoire presque partout des sortants est, de ce point de vue, significative: les assemblées régionales et départementales, où des coalitions se mettent souvent en place après le scrutin, ne sont pas perçues comme des terrains propices aux expérimentations. Le Rassemblement national, qui rêve d’en gérer au moins une à l’issue du second tour le 27 juin, bute en partie sur cet obstacle.

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La deuxième raison de se montrer prudent sur l’interprétation des résultats de dimanche est la nature du scrutin régional, aux antipodes de la présidentielle. Elire un président sous la Ve République exige de chaque candidat qu’il soit capable de convaincre seul les électeurs. Le choix n’est pas celui d’un parti, mais d’un individu appuyé sur un programme. Ce que ces régionales ont montré est la perplexité massive des électeurs français devant l’offre politique actuelle. C’est à cela qu’il faut d’urgence répondre. Avant de pronostiquer les chances de tel ou tel.