Éditorial

Le «non-choix» électoral des Britanniques

ÉDITORIAL. Ni l’actuel premier ministre Boris Johnson, ni Jeremy Corbyn ne convainquent. Les enjeux du scrutin national de jeudi demeurent pourtant fondamentaux pour le Royaume-Uni et pour l’Europe

Ce jeudi, les Britanniques sont devant un choix cornélien. Dans une élection centrée sur le Brexit qui a déjà mis un pays entier au bord de la crise de nerfs, il faut pourtant trancher entre le premier ministre conservateur Boris Johnson et le travailliste Jeremy Corbyn. Presque un non-choix. Les Ecossais et les Nord-Irlandais, eux, vont sans doute privilégier les partis qui défendent soit l’indépendance de l’Ecosse, soit l’unification des deux Irlandes. Les électeurs du nord de l’Angleterre poussent au Brexit et les Londoniens espèrent l’empêcher à tout prix.

Difficile de voir comment ces multiples scrutins en un mettront fin au cauchemar politique et institutionnel qui dure depuis trois ans et demi. La campagne électorale, qui a fait la part belle à la désinformation, n’a fait émerger aucun projet capable de rassembler une société de plus en plus éclatée. En termes économiques, le coût du Brexit est déjà élevé. Sans l’UE, il pourrait être décuplé.

Lire notre reportage, accompagné du portrait des protagonistes de l’élection à venir: Le Royaume (dés)uni

Illustration du désarroi des Britanniques: même des figures tutélaires comme John Major et Tony Blair ne s’y retrouvent pas, appelant l’un à boycotter les tories et l’autre à refuser d’élire Jeremy Corbyn, un admirateur d’Hugo Chavez qui n’a pas eu le courage d’incarner le camp du maintien dans l’UE.

L’enjeu de ces troisièmes élections législatives en quatre ans est double. Il est d’abord britannique. Parmi les «quatre nations» du Royaume-Uni, il y a des forces centrifuges que Londres pourrait ne plus contrôler. Ecossais, Nord-Irlandais et dans une moindre mesure Gallois sont fatigués par un mode de scrutin qui privilégie les Anglais. Elu avec une confortable majorité, Boris Johnson pourrait entrer dans l’histoire comme celui qui a présidé à l’éclatement du royaume en appliquant le Brexit au pas de charge. Une perspective ironique pour cet admirateur de l’Empire romain qui aspire à restaurer le «Global Britain». Mais «BoJo» pourrait aussi exacerber les colères, car le divorce, qui devrait être suivi par une foule d’accords extraordinairement complexes avec Bruxelles, pourrait durer des années.

Lire aussi: La grande purge des partis britanniques avant les élections

L’enjeu est ensuite européen. Après 46 ans d’intégration économique du Royaume-Uni dans l’UE, les Britanniques n’ont peut-être pas été pleinement habités, comme l’espérait Jean Monnet, par «l’esprit communautaire», mais leur présence au sein de l’UE donnait à cette dernière un ancrage de poids dans le monde anglo-saxon. Son départ affaiblira forcément l’Union.

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