François Hollande a l’avantage du calendrier. Essoufflée, y compris du côté de l’économie allemande, l’Europe a cruellement besoin de croissance. Même le Financial Times l’a affirmé, samedi, dans son éditorial, publié la veille de l’élection présidentielle française. Le mot, donc, n’est plus tabou. Reste à savoir – et il faudra faire vite – si Paris et Berlin tombent d’accord sur son contenu. Puis si les dix-sept pays membres de la zone euro avalisent à leur tour leurs éventuelles recettes.

Pour y parvenir, le prochain locataire de l’Elysée, dont les convictions européennes sont anciennes et profondes, a un atout maître: sa légitimité démocratique, sur fond de convulsions politiques grecques et à un mois d’un référendum irlandais à haut risque, le 31 mai, sur le «pacte fiscal». En promettant de «réorienter l’Europe», le vainqueur du 6 mai a ouvert avec courage un débat public, puis reçu un mandat. Logique, dès lors, qu’il fasse valoir ce point de vue à une chancelière confrontée, elle, à des difficultés politiques croissantes. Tel sera l’objet du mémorandum qu’il adressera vite à Berlin, puis à Bruxelles. Tout en consultant les voisins de l’Hexagone les plus vulnérables, comme l’Espagne ou l’Italie.

Ces discussions, toutefois, ne peuvent nier les réalités budgétaires et leurs conséquences à long terme sur l’économie hexagonale. Ce qui suppose d’apporter, déjà, des clarifications aux électeurs français appelés à revoter les 10 et 17 juin pour les législatives. François Hollande a raison de ne pas craindre les discussions houleuses avec ses partenaires européens. Mais il y va aussi, désormais, de sa responsabilité de président de la République d’expliquer à ses concitoyens qu’une bonne partie des solutions pour redonner, concrètement, des marges de manœuvre aux entreprises et des opportunités d’emploi à la jeunesse se trouvent dans un marché communautaire dynamique. Et dans les politiques d’assainissement des comptes publics, d’innovation ou d’adaptation industrielle ayant fait leurs preuves ailleurs en Europe.

La France a de bonnes raisons de dire non au tout-austérité. Elle n’en est pas pour autant une exception.

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