Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
«Et si l’antispécisme était la grande question philosophique du XXIe siècle?»

Ethique

La non-violence est-elle végane?

Aymeric Caron est le prophète de l’antispécisme, un courant qui estime qu’aucune espèce ne dispose d’un droit à exister supérieur à celui d’une autre. Nouvel humanisme qui englobe tous les êtres sensibles ou anti-humanisme qui refuse la spécificité humaine?

Et si l’antispécisme était la grande question philosophique du XXIe siècle? C’est en tout cas un des thèmes récurrents de la mobilisation de #NuitDebout, ces rassemblements de la génération Y qui tentent de redéfinir la démocratie et ses ambitions. C’est aussi la conviction d’Aymeric Caron qui vient de publier «Antispéciste. Réconcilier l’humain, l’animal, la nature», la bible francophone de ce courant de pensée né dans les années 70; courant qui estime qu’aucune espèce ne dispose d’un droit à exister supérieur à celui d’une autre.

Lire aussi: «Le végétarisme est appelé à devenir la norme»

Soyons précis: les antispécistes ne contestent pas que les humains ont des capacités que n’ont pas d’autres animaux mais, pour eux, ce n’est pas un critère pertinent. L’important n’est pas ce que les êtres représentent mais à ce qu’ils ressentent. Or, la douleur, le plaisir ou la peur sont des émotions partagées par toutes les créatures dotées d’un système nerveux.

Remise en cause des religions monothéistes

Cette morale de la compassion universelle est indissociable d’une condamnation de l’industrie agroalimentaire, de l’élevage intensif et de l’expérimentation animale. Elle ébranle du même coup la question des Droits de l’Homme - perçue comme l’ultime avatar d’une vision anthropocentriste - et remet en cause les religions monothéistes pour qui l’homme a été créé à l’image de Dieu.

Enseigné à l’université

Si les propos de l’ancien chroniqueur de «On n’est pas couché» ont souvent été moqués à l’époque, l’accueil réservé à son livre montre que les temps changent. Sur Twitter, le hashtag #antispecisme est quotidiennement alimenté; France Culture vient de consacrer une série d’émissions à cette philosophie qui aspire à la bio-démocratie et les cours sur l’histoire du véganisme par le professeur français de littérature Renan Larue affichent complet à l’Université de Santa Barbara, aux Etats-Unis. Plusieurs académies s’apprêtent d’ailleurs à inscrire l’antispécisme à leurs programmes, dans la foulée des «gender studies».

Vidéos de tortures animales

Il est vrai qu’entre-temps, les militants de la cause, notamment les fantassins de L214, sont passés par là avec leurs vidéos insoutenables sur les tortures infligées aux animaux dans les abattoirs ou sur les méthodes de gavage des oies et des canards à la pompe pneumatique.

Pour arrêter ce massacre, les antispécistes prônent le véganisme: ne rien manger de ce qui est issu de l’animal, y compris le lait (parce que le petit veau est cruellement séparé de sa mère), les œufs (puisque l’élevage intensif oblige à broyer les poussins mâles) ou le miel (que l’on vole aux abeilles en les enfumant). Et à ne porter aucun vêtement provenant de l’exploitation des animaux: fourrure, cuir, daim, mais aussi la laine. La non-violence commence par son assiette et son dressing-room.

On n’est pas sorti de l’auberge (végane)

Est-ce pousser trop loin la logique vertueuse? En d’autres termes: les antispécistes sont-ils des intégristes?

Cette question a été posée sur la page Facebook du «Temps», sous une citation de Aymeric Caron prophétisant que le végétalisme serait appelé à devenir la norme d’ici quelques années. Ce qu’on retient de ce débat de haute tenue? Pour de nombreux internautes, intéressés par le sujet mais non acquis à la cause, il faut faire preuve de tolérance: laisser le choix à chacun, selon ses convictions, de manger ou pas de la viande.

Une position qui se veut ouverte mais qui place «naturellement» l’homme au cœur d’un système dont il est le maître sans partage. C’est exactement cette arrogance que dénoncent les militants de la cause animale.

Dossier
Véganisme, ce régime alimentaire devenu philosophie de vie

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)