C’était la liesse à Kachgar pour la fête de l’Aïd. Sur l’esplanade de la plus grande mosquée de Chine, à l’ouest du Xinjiang, une foule dansait devant les caméras des médias d’Etat et de la presse étrangère. Alors que les critiques internationales adressées à la Chine sur le sort réservé aux Ouïgours s’intensifient, Pékin veut donner l’image d’un monde normalisé, comme le décrit notre envoyé spécial dans la région.

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Cette mise en scène ne trompera personne. Derrière les rondes chorégraphiées, la population musulmane de l’Extrême-Occident chinois a été mise au pas après plusieurs années de «rééducation». C’est un fait. Il faut toutefois bien admettre qu’il existe un décalage dans le temps entre les accusations – surtout – occidentales et la réalité de la répression. Les enfermements de masse, la destruction des lieux de culte et des cimetières ont sans doute connu leur apogée il y a deux ou trois ans de cela. Le retour des hommes dans les villages et la diminution des contrôles policiers témoignent d’un certain assouplissement.

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Si le pouvoir relâche un peu son emprise aujourd’hui, c’est pour mieux faire taire les accusations et pouvoir lancer une campagne de communication. A quelques mois des Jeux olympiques d’hiver de Pékin, la menace d’un boycott prend peu à peu forme. De plus en plus de voix, aux Etats-Unis, en Europe et peut-être demain dans des pays musulmans, estiment intolérable d’envoyer des athlètes alors que les violations des droits de l’homme demeurent massives en Chine et en particulier au Xinjiang.

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L’instrumentalisation politique du Xinjiang est une réalité – qui se souciait de la situation des Ouïgours il y a trois ou quatre ans, au plus fort de la répression? On peut s’interroger sur l’emploi du terme de génocide pour décrire leur sort. Mais la propagande chinoise ne trompera personne face à la réalité des crimes perpétrés sur cette population embrigadée, acculturée et sinisée de force. Les Ouïgours ont subi en quelques années un condensé des politiques appliquées aux Tibétains depuis des décennies. Dans l’un et l’autre cas, cela reste intolérable.