Londres a célébré hier soir l’ouverture des XXXes Jeux olympiques. Les regards du monde traquent désormais cette houleuse quête de médailles, de records. Ces Jeux enfanteront leurs héros, femmes et hommes dont on attend qu’ils gravent durablement leur identité dans l’histoire du sport; femmes et hommes, comme vous, comme nous. Vraiment?

Les XXXes JO seront aussi ceux d’Oscar Pistorius, l’athlète sud-africain amputé des deux jambes à 11 mois, qualifié pour le 400 mètres et le relais du 4 x 400 mètres. Victorieux du combat juridique qui devait déterminer son droit de se mesurer aux valides, le «coureur aux lames» a été sélectionné par sa fédération. Il s’alignera donc sur deux épreuves d’athlétisme. Mais l’éthique n’obéit pas aux mêmes normes que la loi. Du coup, la controverse qui a déjà duré n’en est encore qu’à son germe.

De la participation d’Oscar Pistorius naît un dilemme.

L’idée qu’un handicapé se mêle au spectacle olympique est un enrichissement; on peut y voir le combat d’une cause, la forme d’une lutte contre les discriminations. Certains y devinent même une évolution logique, inéluctable, qui se prolongera dans les décennies à venir. Ceux-là invoquent le dopage chimique ou les soutiens technologiques dont bénéficient des athlètes formatés pour produire tel ou tel type de performance. Au fond, prétendent-ils, les talents naturels des sportifs compteraient d’ores et déjà si peu qu’il faudrait songer à déchirer toutes les limites. Selon eux, aux Jeux, plus personne n’est comme vous, comme nous.

Des rencontres récentes avec l’épéiste suisse Fabian Kauter, avec la gymnaste Giulia Steingruber, avec la joueuse de badminton Sabrina Jaquet, avec d’autres encore, du monde entier, mettent à néant ce postulat. Oh, bien sûr, ceux-là sont les garants du sport non encore rongé par les affaires. Ils n’évoluent pas dans les mêmes sphères qu’Usain Bolt, Michael Phelps ou LeBron James.

Serions-nous donc les trésoriers de la naïveté? A Londres, Oscar Pistorius fera passer un message philosophique en questionnant les limites de l’être humain. On s’en réjouit: il est un extrême magnifique, mais inclassable. Le temps qui passe fait fluctuer les normes, dans tous les domaines. Il n’y a aucune raison que le sport soit épargné. Mais penser que les JO de la quarantième Olympiade, dans un demi-siècle, seront ceux de la science-fiction, des corps transformés et technologiques, relève du romanesque .