Pour un «oui raisonnable» à l'Europe

Daniel Kaeser, ancien délégué aux affaires monétaires du Département fédéral des finances, ancien représentant permanent de la Suisse au FMI, Epesses (VD)

D'éminentes personnalités nous invitent à opposer un «non raisonnable» à l'initiative «Oui à l'Europe!» en disant que l'ouverture de négociations d'adhésion serait prématurée. Toute voix étant confondue dans cette funeste alliance, ceux qui déposeront dans l'urne un «non raisonnable» iront nécessairement améliorer le score des adversaires irréductibles de l'adhésion. Le Conseil fédéral et l'establishment helvétique tireront de ce scrutin négatif la conviction que la question est loin d'être mûre. On sait ce que cela signifie. Il aura fallu au Conseil fédéral quinze ans pour se remettre de la première votation sur l'ONU et une décennie pour concrétiser sa décision d'entrer au FMI et à la Banque mondiale.

L'irrépressible tendance de notre gouvernement à temporiser dans les affaires internationales pourrait peut-être passer pour un signe de sagesse si la position de la Suisse se renforçait avec le temps. C'est, hélas, plutôt le contraire qui est vrai. Sur le plan économique, la Suisse est marginalisée par le dynamisme des pays émergents. Elle se trouve toujours plus isolée sur notre continent précisément parce qu'elle n'est pas membre de l'Union européenne et sur le plan mondial parce que c'est l'Union européenne qui passe pour représenter toute l'Europe. […]

Si l'on attend pour entamer la procédure d'adhésion que les actuels pays candidats aient terminé la leur, les marges de négociation dans les domaines fiscal et monétaire, en matière de neutralité, d'écologie, d'agriculture etc. rétréciront comme une peau de chagrin. Alors qu'elle pourrait entrer souverainement par la grande porte et apporter une contribution attendue et valable à la construction européenne, la Suisse risque d'attendre si longtemps qu'elle sera finalement admise à entrer chapeau bas par l'entrée des fournisseurs. […]

Comme le fonctionnement des institutions fédérales est bloqué dans ce domaine par la Chambre des cantons, qui sont majoritairement réfractaires à l'intégration européenne, il faut bien tenter de le débloquer par un scrutin populaire. Encore faut-il que cela n'aille pas à fin contraire. C'est pourquoi il convient de répondre par un «oui raisonnable» à l'initiative.

Europe pas rodée

Mathias Mayor, Genève

[…] Après 700 ans de rodage, le système politique suisse fonctionne mieux que tout autre, et il est envié dans le monde entier. Il est réellement démocratique, éprouvé, évite les heurts, consacre le respect des uns par les autres et ce en dépit de nos origines multiethniques, de nos confessions différentes ou de notre multilinguisme.

L'Union européenne, constituée de pays qui, encore récemment, étaient des ennemis héréditaires, qui se sont entre-déchirés au cours des siècles et encore deux fois le siècle dernier, ne vaut pas que l'on se précipite à la rejoindre en sacrifiant l'équilibre, la tolérance, la paix que nous avons si laborieusement acquis! […]

Aujourd'hui l'Union n'est pas démocratique. Sa Commission et ses commissaires (terme rappelant de terribles souvenirs!) n'ont pas de réelle responsabilité politique devant un législatif ou un peuple. Ils gouvernent par décrets. Lorsque l'on nous dit qu'il faut vite entrer dans l'Union de manière à participer à l'élaboration de ses institutions, c'est un éclat de rire. Il suffit de voir le poids négligeable qu'ont les petits Etats, même ceux qui étaient membres depuis le début, pour s'en convaincre. […]

Les libéraux et l'Europe

Jaques Vernet, ancien conseiller d'État libéral, Genève

Si formellement l'électorat suisse vote sur des textes, il n'en émet pas moins et surtout des signes politiques lors des consultations populaires. Il appartient ainsi à un parti politique de donner des messages clairs et cohérents sur les directions souhaitées par lui, fût-ce au prix de sacrifices sur des subtilités auxquelles les «apparatchiki» sont parfois trop sensibles.

Mon parti ayant été depuis dix ans et plus un partisan déclaré de l'adhésion à l'Europe en construction, ceux qui constituent notre électorat, dans toutes les couches de la population, ne comprendraient pas que le Parti libéral suisse se trouve brusquement l'allié objectif de ceux qui, notamment pour le motif futile d'un report de calendrier, entendent en réalité freiner toute démarche s'insérant dans le but stratégique que nous avons annoncé et que le Conseil fédéral lui-même a formellement adopté […]

On ne peut continuellement approuver un objectif et se dérober lorsqu'une occasion d'avancer vers le but se présente. Le mouvement jeune «Normes» l'a compris et nous devons les soutenir. […]

Hara-kiri suisse

Luc Salamin, Sierre (VS)

[…] La Suisse serait-elle sur le point de se faire hara-kiri en mettant un oui dans l'urne le 4 mars, d'envoyer aux orties ses meilleures prérogatives? Ne mettons pas le petit doigt dans l'engrenage UE de peur de voir le corps entier entraîné avec lui. Et les quelques membres du cercle exécutif de Bruxelles (cercle dans lequel figurera peut-être le Suisse le plus acharné à vendre son pays), ces petits dieux ordonneront que la Suisse se fasse hara-kiri sur la neutralité, l'indépendance, le droit de référendum, le droit d'initiative, le taux hypothécaire suisse, la TVA suisse, le chômage suisse, la paysannerie suisse. Ils n'en louperont pas une. […]

Ils ont osé dire oui à la Suisse

Pierre Méan, La Tour-de-Peilz (VD)

En 1798, les Vaudois ont dit oui au projet de Constitution de la République helvétique, oui à l'idée de se mettre en ménage avec les cantons suisses. Un acte insensé: jeter dans la gueule du puissant loup alémanique un Pays de Vaud tout fraîchement libéré d'une occupation bernoise de trois siècles! Pire encore: pas de langue ni de culture commune. Pas de passé historique partagé. […]

Une folie peut-être, un acte courageux certainement: la volonté d'affirmer son existence et la confiance en soi, d'assumer sa différence et de respecter celle de l'Autre. Ils ont donc dit oui, travaillé activement à l'élaboration de cette Constitution et cela d'autant mieux qu'ils étaient présents dès sa conception. C'est ce cadre institutionnel, œuvre d'ensemble, qui permet à la Suisse de durer, en préservant les identités des minorités linguistiques, culturelles, confessionnelles et politiques.

Forts de ce passé, comment pourrions-nous, nous Vaudois, ne pas participer au plus tôt à cette formidable aventure de la construction d'une Europe commune? J'imagine la fierté de nos ancêtres s'ils pouvaient voir notre engagement à l'idée européenne.

Citoyens UE désabusés?

Maurice Schwaller, Épagny (FR)

Deux fois par an, Bruxelles procède à un vaste sondage d'opinion appelé «eurobaromètre» sur l'attachement à l'Union européenne des 375 millions de citoyennes et citoyens des quinze pays membres. Depuis plusieurs années déjà, la cote d'amour baisse. Le dernier sondage révèle que 49% seulement des personnes sondées jugent positive l'entrée de leur pays à l'Union. Les plus sceptiques sont les Anglais, les Suédois, les Danois et les Autrichiens.

Comment expliquer un tel revirement vers le scepticisme après les débuts euphoriques? Est-ce que le dysfonctionnement et la corruption qui ont provoqué la démission en bloc de la Commission UE? Est-ce la faiblesse de l'euro et le fort taux de chômage? Est-ce la révélation de la TV danoise selon laquelle 20 millions de couronnes d'aide d'urgence aux victimes de la guerre dans l'ex-Yougoslavie se sont volatilisés? […] Que disent les contribuables de l'UE de tout cela et qu'en pensent les Euro-turbo suisses?

Initiative Denner: ne tuez pas la recherche!

Sabine von der Weid, Veyrier (GE)

Si elle devait être adoptée par le peuple suisse, l'initiative «pour des médicaments à moindre prix» aurait toute une série de conséquences importantes, notamment sur le plan de la recherche et du développement. […]

La recherche appliquée constitue aujourd'hui l'unique moyen de faire avancer les connaissances. Or, ces études sont très onéreuses. En contraignant les médecins à prescrire uniquement le médicament le moins cher sur le marché (par type d'affection) – l'assurance maladie ne rembourserait que ce dernier – on couperait les vivres à la recherche. Le développement de nouvelles préparations serait ainsi brutalement freiné, emportant avec lui les espoirs de guérison des personnes atteintes de mucoviscidose, de sida et d'autres pathologies graves ou mortelles.

30 km/h: hypocrisie

Manon Delisle, Fribourg

[…] Barbara Polla justifie son refus d'une généralisation du 30 km/h dans les localités par une argumentation fallacieuse (Le Temps du 6 février): il faut refuser le 30 km/h car il ne sera pas respecté. Faut-il vraiment reprocher à la limitation de vitesse elle-même de ne pas être respectée? Et laisser en paix ceux qui ne respectent pas la loi? Et oublier ceux qui ne remplissent pas leur mandat de contrôle de vitesse? C'est comme si on remettait en question l'interdit du vol ou du meurtre parce qu'il y a trop de cambriolages ou d'assassinats.

Si Barbara Polla, en tant que médecin, désire vraiment augmenter la sécurité sur les routes, qu'elle réponde à la question suivante: l'enfant accidenté n'a-t-il pas plus de chances de s'en sortir si la voiture qui l'a renversé roulait à 40 km/h dans une zone à 30 km/h plutôt qu'à 60 km/h sur une route à 50 km/h?

30 km/h.: aberrant

Marcel Jordi, Saint-Saphorin (VD)

Il est aberrant à notre époque de trouver des gens qui préconisent le 30 km/h en ville sous le seul prétexte de diminuer le nombre de morts, avec à l'appui les distances de freinage. Ces démagogues oublient volontairement l'indiscipline des piétons qui provoquent le conducteur, qui prennent un malin plaisir de vous narguer en faisant volontairement traîner les temps de passages signalés ou non, depuis que les autorités leur donnent des priorités. Il suffit de traverser Lausanne pour comprendre qu'il n'est nullement besoin d'aller aux urnes pour rejeter cette initiative qui ne relève que de priorité politique à des fins personnelles. On veut tendre un bras aux écologistes, qui oublient volontairement l'augmentation de la pollution que cela provoque.

Une fervente adepte en Suisse alémanique envisage même une réduction à 20 km/h! […]

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