Dans les limites de leurs prérogatives et de leurs devoirs de réserve, les responsables de nos universités tentent de se faire entendre et disent leur crainte pour l’avenir des institutions académiques de notre pays. Vouées à un lent mais certain déclassement, elles sont mises à mal à la suite de la décision abrupte du Conseil fédéral de mettre un terme aux négociations d’un accord-cadre avec l’Union européenne. Ces prises de position font état du désarroi de nombreux chercheurs et du risque de départ de ceux-ci vers des horizons plus prometteurs et stimulants. Et pendant ce temps, une large partie de la classe politique regarde ailleurs. Singulièrement, les conseillères d’Etat chargées de l’Instruction publique des cantons de Genève et Vaud sont totalement absentes de ce débat. Il est étrange, voire inquiétant de constater qu’elles semblent se désintéresser de ces institutions en limitant leurs actions aux seules écoles primaires et secondaires.

Cette émulation engendre un cercle vertueux

Pourtant, veuillez pardonner ces quelques évidences, nous vivons dans un monde où le savoir est la clé du succès futur. Une compétition sans merci est en marche entre les Etats-Unis, la Chine et l’Europe pour être à la pointe de la recherche, en particulier dans les domaines scientifique et économique. Tous les jours, nos universités et leurs nombreux chercheurs se battent pour obtenir des bourses de recherche, participer aux plus prestigieuses collaborations internationales et publier des études dans les journaux scientifiques de référence. Dans ce monde ultra-compétitif, les rankings et les récompenses académiques sont essentiels pour se distinguer et attirer les meilleurs scientifiques du monde. Cette émulation engendre un cercle vertueux pour une économie qui se transforme continuellement pour demeurer compétitive. Tout le monde en profite: les entreprises, l’Etat et le citoyen. Sur l’Arc lémanique, l’Université de Genève, l’Université de Lausanne, l’EPFL, les HES, les HUG, le CHUV et les nombreuses entreprises (industrie, PME et start-up) qui en émanent sont à la pointe de cette compétition. Les nombreux prix et distinctions (dont les récents Prix Nobel) font notre fierté et constituent sans aucun doute une condition primordiale pour l’avenir de toute notre région.

Le statut d’Etat tiers comporte de nombreuses restrictions pour nos universités et hautes écoles

Or, l’incapacité ou le manque de volonté de notre Conseil fédéral de négocier un accord-cadre vient dramatiquement porter un coup d’arrêt à cette dynamique vertueuse. En effet, le 12 juin 2021, la Commission européenne a confirmé que la Suisse est désormais considérée comme un Etat non associé dans le cadre du 9e programme-cadre de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’UE. Le statut d’Etat tiers comporte de nombreuses restrictions pour nos universités et hautes écoles. Elles sont reléguées au rang de «partenaire complémentaire». Elles ne peuvent plus participer pleinement à un consortium de recherche qui doit comprendre au moins trois institutions issues d’Etats membres ou Etats associés de l’UE. Les coordinations de projets (CSA – Coordination and Support Actions) ne sont plus possibles. Elles sont dorénavant aussi exclues des appels à projets pour des bourses individuelles telles que les Actions Marie Sklodowska-Curie (fellowships MSCA et programmes Cofund MSCA), ainsi que les bourses très disputées du Conseil européen de la recherche (ERC).

Un accord avec l’UE est urgent

Nos universités et centres de recherche ont plus que jamais besoin d’un soutien politique sans faille de leurs autorités de tutelle. Les ministres genevoise et vaudoise chargées de l’Instruction publique doivent sortir de leur silence et former une coalition des cantons universitaires pour défendre la Suisse comme centre de recherche et d’avenir. L’Arc lémanique – par son dynamisme et son excellence – a des responsabilités et un rôle de leader à jouer pour contrebalancer la procrastination irresponsable dont fait preuve le Conseil fédéral dans ce dossier. Le message est simple. Un accord avec l’UE est urgent. Si nos universités ne peuvent s’arrimer à l’Europe, Genève, Vaud et la Suisse dans son ensemble seront durement pénalisés à l’avenir.

Lire également: Suisse-UE: comment remettre la voie bilatérale sur le métier

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.