Revue de presse

Notre-Dame dévorée, et toutes les larmes de Paris outragé

L’émotion est immense après l’incendie qui s’est déclaré lundi soir dans les combles de la cathédrale. Les médias répercutent la tristesse qui a saisi le monde

Un feu qui part des combles, une flèche qui tombe, une charpente multiséculaire qui s’évapore, et la soirée de lundi qui bouleverse le monde. Le regard de tous était braqué sur l’île de la Cité. Tous avaient la gorge nouée. Les images terrifiantes de la cathédrale de Paris dévorée marqueront pour longtemps. Car «c’est NOTRE Dame», titre La Croix – dans la foulée de la porte-parole de Matignon – qui déclenche ce «sentiment de consternation»: «Surprenant pays que le nôtre, profondément sécularisé, déchristianisé et qui, soudain, sentait son cœur se serrer. […] Cette époque l’oublie mais l’aspiration demeure: une église symbolise toujours la rencontre du ciel et de la terre.»

«Entre sanglots et prières, les témoins ont assisté, sidérés, à l’effondrement de la flèche, alors que les immenses flammes orangées mangeaient la toiture, menaçant un des plus grands trésors architecturaux du monde occidental», ajoute le Guardian, qu’a lu Courrier international. Ce sont ses cloches qui avaient sonné à la Libération de Paris en 1944, comme après les attentats du 13 novembre 2015! Les dégâts à la «Nation» sont considérables. Et même si, au Mexique, El Universal est soulagé que «la couronne d’épines de Jésus ait survécu à l’incendie – à l’instar de la tunique de Saint-Louis, autre joyau […] arraché aux flammes – le traumatisme sera profond et durable»:

«Lundi soir, sur les quais de Seine […], la foule regarde, interdite et impuissante […]. Une pluie de cendres et de braises tombe sur les badauds. […] L’émotion est telle que Parisiens et touristes s’étreignent et pleurent à chaudes larmes quand d’autres prient», écrit Le Figaro. «Je ne verrai jamais Notre-Dame…» s’y désole pour sa part un touriste américain: «On devait la visiter demain. Quelle tristesse. C’est un emblème de la France, tout le monde connaît Notre-Dame, Quasimodo… La France a perdu un de ses joyaux, elle a perdu un peu de son histoire. Comment cela a-t-il pu arriver?» C’est arrivé, et les unes de la presse française en sont sidérées. On peut les voir sur le site de la RTBF.


D’hier à aujourd’hui:


Victor Hugo, dans son roman éponyme, voyait «Notre-Dame déserte, inanimée, morte […]. Un squelette que l’esprit a quitté. On en voit la place et voilà tout.» Mais «les Français savent s’unir pour rebâtir, croit Le Courrier picard. Ils ont déjà tant montré leur attachement au patrimoine. Ils verront aussi qu’ils ne sont pas seuls au monde. Passé les pleurs, […] la volonté de dépasser le choc est déjà là, en une solidarité et une envie commune de reconstruction inéluctable. Si elles pouvaient inspirer chacun d’entre nous et nos dirigeants…»

Le Washington Post, lui, se demande «pourquoi les humains réagissent avec tant d’émotion à la destruction des choses anciennes». Et d’avancer cette hypothèse: «Les vieux bâtiments symbolisent l’idée que tout n’a pas nécessairement une fin. C’est la promesse de beaucoup de religions, un espoir partagé par les fidèles […]. Même les plus fervents athées peuvent ressentir ce désir de continuité dans un univers en changement perpétuel.» Dans ce cas, «nous avons échoué, en tant que civilisation, à prendre soin de quelque chose d’inestimable», estime le New York Times. «Dans 100 ans, les gens parleront encore de l’incendie de 2019.»


A relire:

«Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. […] Il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. […] Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées. […] Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres […], il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle. Sans doute ce phare étrange allait éveiller au loin le bûcheron des collines de Bicêtre, épouvanté de voir chanceler sur ses bruyères l’ombre gigantesque des tours.»

(Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831)


Ces mots sublimes, c’est Le Soir qui les a retrouvés, en ouvrant «ce vieux livre qu’on a tant trimballé. On feuillette, fébrile et soudain, on reste sans voix.» Comme si, par-delà les siècles, le père Hugo «avait pris soin de ne pas nous laisser seuls, comme s’il avait voulu nous consoler en nous aidant, enfin, à pleurer». Et aujourd’hui, «soudain la flèche tombe», écrit l’éditorialiste du quotidien bruxellois. «Et soudain, nous sommes à notre tour pliés en deux. Cassés, coupés, pris d’une violente inquiétude et d’une envie de vomir. Comme si ces pierres qui avaient fait socle étaient aussi notre refuge. Comme si ces arbres qui avaient fait charpente étaient aussi notre berceau.»

Dans le fond, en Belgique comme ailleurs, c’est «comme si cette cathédrale qui avait fait l’Histoire était aussi notre Dame. C’était tout cela, mais nous l’apprenons là, tant nous sommes transpercés.» Cela rappelle «une évidence» à L’Est républicain: «Sur Terre, même la pierre est périssable. Mais, du grand déménagement du temple d’Abou Simbel à la renaissance de la polonaise Varsovie, preuve nous a été donnée que, au-delà des monuments qui peuvent se reconstruire, c’est un héritage qu’il faut sauver. Au-delà de l’émotion et du choc des images, voilà désormais la tâche qui nous attend.» Après la douleur et les suppliques:

«Nous avions oublié combien les pompiers sont de simples hommes. Le feu ne les attend pas. Des lances d’amour dérisoires brandies vers des forces infernales plus fortes qu’elles»: voilà à quoi songeait, lundi soir, le site Aleteia.org, qui propose «un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle»: «Notre-Dame brûle, la France sur la croix.» Qu’importe, semble dire le quotidien brésilien O Globo, «entre stupéfaction et solidarité, […] les Français n’ont pas perdu de temps pour lancer une campagne de reconstruction […]. A chaque catastrophe, la ville souffre, mais semble renforcer sa résilience.»

Le Monde, enfin, raconte qu’au Sacré-Cœur, vers 22 heures, «ils sont venus d’un peu partout dans Paris, bobos du 15e, femmes de Belleville, cheveux gris et cheveux longs, une dame à genoux dans l’allée centrale, un homme extatique mains ouvertes devant lui». Il a lu, «dans leurs yeux mélancoliques, des océans de tristesse. On les sent désemparés. Ils voudraient aider mais comment? «Je suis blessée jusqu’au fond de moi-même», dit une de ces fidèles.»


Retrouvez toutes nos revues de presse.

Explorez le contenu du dossier

Publicité