Avec les disparitions d’Alain Tanner et Jean-Luc Godard, voilà que l’éditorialiste se trouve tentée de nouer une gerbe facile: consacrer la couverture du magazine au jeune et brillant Elie Grappe, n’est-ce pas dire que le cinéma suisse se prépare un avenir au moins aussi rayonnant que son passé? Elle pourrait, d’ailleurs, l’affirmer sans rien renier ni fâcher personne: dans ce même numéro, hommage est rendu à l’étrange bonhomme qu’était JLG, curieuse figure rolloise qui avait pris l’habitude de convier, dans la bicoque qu’était son studio, toutes sortes de personnages (et même des journalistes).

Son interview dans le T: Elie Grappe, cinéaste: «Le corps peut-il faire trembler le pouvoir?»

Seulement voilà, il arrive que les gerbes, même les plus tentantes, se nouent mal, et à vrai dire, entre les promesses que recèle la jeune carrière d’Elie Grappe et l’héritage maous que laissent les deux éléphants disparus, l’éditorialiste ne trouve rien de malin à dire. Parler de flambeau à reprendre et de relève assurée, ce serait une paresse journalistique doublée d’une belle idiotie.

Ce magazine présente donc Elie Grappe, non pas en tant que successeur ou héritier de qui que ce soit, mais en tant que lui-même au moment présent: un artiste qui a l’intelligence d’être doux, et le bon goût d’être modeste. Toutes les raisons de l’admirer se trouvent dans son interview, qui révèle un homme engagé, réfléchi et sensible.

A quoi pouvaient bien ressembler Jean-Luc Godard ou Alain Tanner à 28 ans? Juste pour retomber sur ses pattes, on serait tentée de lancer cette question rhétorique, pour conclure, éventuellement, que ce n’est pas l’âge qui fait la modestie, mais peut-être l’époque. Le mieux, à ce stade, serait vraiment qu'on n’en fasse rien. Dans ce genre de texte, on n’est jamais qu’à deux doigts d’écrire une ânerie.