revue de presse

Le nouveau maire de New York adoubé par Roosevelt et les Clinton

La presse américaine commente la prestation de serment du démocrate «gauchiste» Bill de Blasio, qui arrive à la mairie de la Grande Pomme. Après les douze années de Michael Bloomberg, il promet des changements radicaux. Reste à savoir s’il va se profiler en vrai progressiste ou en homme de compromis

«Certains observateurs appellent Bill de Blasio déjà le Roosevelt de New York», entre autres parce qu’il a prêté serment sur la même Bible que «le bon» Franklin Delano. «Un rapprochement qui ne déplaît pas à ce démocrate issu de l’aile gauche du parti de Barack Obama et dont l’objectif est de réduire les inégalités sociales», selon la comparaison mentionnée par Radio France internationale. Le grand rêve américain n’est pas réservé aux seuls privilégiés, a-t-il martelé dans un discours très largement cité par le magazine Time.

Le nouveau maire de la Grande Pomme a donc prêté serment mercredi, au seuil de l’an neuf, promettant «de s’atteler à la réduction des inégalités et de rompre avec la politique de son prédécesseur, Michael Bloomberg, trop favorable aux New-Yorkais les plus riches». Pour ne rien changer, il a pointé les deux visages d’une ville qu’il juge prospère pour les uns et porteuse de misère pour les autres, conceptualisée au sein de son fameux «tale of two cities», qu’analysent conjointement le Wall Street Journal et le Guardian.

Des crèches pour tous

Des hausses d’impôts sont donc promises aux plus riches, en même temps que la fin du profilage racial (stop and frisk) du NYPD, explique l’agence… Bloomberg, précisément. Avec des crèches en plus, pour tous les petits New-Yorkais, un autre de ses grands chevaux de bataille pour la Voice of America. Les objectifs sont simples. Reste à les financer, disent ses adversaires. Et il ne suffira pas d’un grand show de Nouvel An avec DJ pour leur faire passer la rampe: une cérémonie que les New York Daily News jugent bien peu conventionnelle.

D’ailleurs, ce qu’on oublie un peu vite, si l’on en croit Les Echos, c’est que si l’«on reproche souvent aux élus de profiter d’un emploi public pour s’enrichir, ce fut l’inverse pour […] Bloomberg. Ce dernier, élu en 2001 […], a mis la main à la poche à hauteur de 650 millions de dollars, selon un décompte effectué par le New York Times à l’occasion de l’achèvement, mardi soir, de son triple mandat de quatre ans à la tête de Big Apple.» Depuis l’effondrement des Twin Towers, en 2001, rappelle le New Yorker, qui se demande qui va promouvoir maintenant la New York internationale si le nouveau maire est obsédé par le social.

Bloomberg pour l’exemple

Des exemples? Bloomberg avait «pris l’habitude de financer sur ses deniers personnels tout un tas de dépenses professionnelles. Un déjeuner de travail? Il réglait personnellement la facture, à hauteur de 890 000 dollars en douze ans. Un déplacement urgent pour lui et son cabinet? Il utilisait son jet personnel, pour un coût estimé à 6 millions de dollars sur l’ensemble de sa magistrature. Le NY Times recense même le coût du nettoyage hebdomadaire des aquariums ornant le hall de la mairie (62 400 dollars).» Mais l’homme «n’en est pas à 1 million de dollars près, puisqu’il est multimilliardaire en tant que fondateur de l’agence d’informations financières qui porte son nom dans les années 1980», Bloomberg News.

Sa probité d’homme richissime tranche sans aucun doute avec celle que les New-Yorkais attendent de son successeur, «marié à une Noire, ancienne lesbienne», résume Paris Match, qui brosse un beau et long portrait, intime, de celui qui «a séduit la capitale de la finance avec un programme de «gauche.» Mais reste à savoir quel maire il va être: «Un vrai progressiste ou un homme de compromis? De l’aveu même de ses partisans, Bill de Blasio n’a aucune expérience du business. Récemment, il a rencontré des grands patrons de Wall Street, à l’initiative du magnat de la presse Rupert Murdoch, propriétaire du New York Post, tabloïd influent qui a tiré à boulets rouges contre le «Che de Blasio» durant toute la campagne.»

«The Clinton-de Blasio connection»

Inutile de dire qu’il est donc attendu au contour. Et certains voient déjà le fait qu’il figure avec Bill Clinton sur toutes les photos (voir le Huffington Post) comme un «repositionnement» stratégique, du moins selon le Washington Post. Et ABC News de renchérir, en parlant d’une «Clinton-de Blasio connection». Qui pourrait servir Madame, lors d’une prochaine élection…

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