Tabac

Nouveau tabac et lobbyisme à l’ancienne

OPINION. Trente ans après que l’on a découvert les mensonges des cigarettiers sur les effets de leurs produits, les débats réglementaires mériteraient que l’on s’en souvienne

Ils ne pouvaient pas rester sans rien faire. Face au lent mais inexorable déclin des ventes de cigarettes traditionnelles, les géants du tabac devaient trouver de nouveaux produits. Ainsi, depuis quelques années, ils proposent aux fumeurs de changer leur façon de consommer de la nicotine. Ils les invitent à se convertir.

Mais ce secteur d’activité, peut-être plus que n’importe quel autre, doit faire face au doute et à la suspicion. Jusqu’à preuve du contraire, les cigarettiers doivent démontrer que leurs nouveaux inhalateurs sont réellement moins nocifs que les anciens. Ils s’y attellent à coups d’études et de preuves scientifiques. Mais cette quête de confiance est fragile. L’épidémie de maladies pulmonaires aux Etats-Unis, qui a déjà provoqué plusieurs décès, est en train de détruire les efforts entrepris par les cigarettiers pour convaincre grand public et autorités que cette fois-ci, promis, ils disent toute la vérité.

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Le problème, c’est que les fumeurs n’ont pas attendu d’avoir de certitudes. Alors que le doute scientifique subsiste, que les législateurs se demandent encore comment intégrer et taxer ces nouveaux produits, le marché se développe à grande vitesse. Des milliards de dollars de ventes sont déjà enregistrés à travers le monde. En Suisse, l’on redécouvre, avec le récent rapport de la Commission fédérale pour la prévention du tabagisme, que l’industrie parvient toujours à dicter trop facilement sa loi. A Berne, ses lobbyistes continuent d’imposer leurs arguments.

Mais ne nous trompons pas de cible. Quoi qu’on en pense, le travail de ces consultants de l’ombre existe dans tous les domaines, de l’automobile à l’assurance en passant par l’agrochimie. Mais en l’espèce, il y a plus grave. En matière de tabac, la commission bientôt dissoute dénonce aussi le comportement des très officiels départements fédéraux. Celui de l’Economie, celui des Finances et celui des Affaires étrangères, qui sont trop proches des cigarettiers, parce que trop dépendants de leur impact économique sur le pays.

Il y a trente ans, on découvrait les mensonges répétés des fabricants quant aux effets réels des cigarettes. Le débat de santé publique actuel mériterait que l’on se souvienne de cet enfumage. Et que l’on agisse différemment. Mais il faut croire que l’industrie du tabac est comme la nicotine. Quand on s’y est habitué, difficile de s’en passer.

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